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Contrat décès-seul après 65 ans : la couverture minimale que les banques acceptent

Un contrat décès-seul rembourse le capital restant dû à votre banque si vous décédez pendant le prêt. Pas d'ITT, pas d'IPT, pas de PTIA. C'est précisément ce format réduit qui le rend accessible là où les contrats classiques ferment la porte après 70 ans.
Ce produit de niche est rarement expliqué par les banques. Voici ce qu'il couvre vraiment, ce que la banque peut exiger comme équivalence, et dans quels cas l'accepter ou chercher mieux.
Pourquoi un contrat décès-seul existe-t-il pour les seniors ?
La logique est actuarielle. Un retraité de 72 ans ne travaille plus. La garantie ITT (Incapacité Temporaire de Travail) suppose un arrêt de travail avec perte de revenus professionnels. Pour quelqu'un qui perçoit une pension, ce risque n'existe pas au sens de l'assureur.
La garantie IPT (Invalidité Permanente Totale) couvre l'incapacité à exercer toute activité professionnelle. Même raisonnement : un retraité n'exerce plus d'activité professionnelle à assurer.
Résultat : les assureurs estiment que le seul risque à couvrir pour un retraité emprunteur est le décès. Ce risque-là, ils acceptent de le couvrir jusqu'à des âges élevés (85-90 ans dans les meilleures offres), parce que la probabilité est quantifiable et le sinistre unique.
C'est la raison pour laquelle le contrat décès-seul reste disponible lorsque tous les autres contrats ont déjà refusé le dossier.
Ce que le contrat décès-seul couvre exactement
Le contrat décès-seul déclenche un remboursement du capital restant dû si l'emprunteur décède pendant la durée du prêt. La banque est désignée bénéficiaire à hauteur du capital remboursé. Le reste du capital de l'assurance-vie ou de la succession revient aux héritiers.
Quelques précisions importantes sur la couverture :
Le suicide est souvent exclu la première année. La grande majorité des contrats appliquent une exclusion de garantie pour le suicide pendant les 12 premiers mois suivant la souscription.
Les sports extrêmes et la guerre sont exclus. Ces exclusions standard figurent dans quasiment tous les contrats.
Les pathologies déclarées peuvent générer des exclusions ou surprimes. Si le questionnaire médical révèle une maladie grave, l'assureur peut exclure le décès lié à cette pathologie ou appliquer une majoration tarifaire. Lire les conditions générales sur ce point est impératif avant de signer.
L'âge fin de garantie est fixé contractuellement. Un contrat peut couvrir le décès jusqu'à 80 ou 85 ans. Si votre prêt court jusqu'à vos 83 ans, vérifiez que la garantie couvre bien jusqu'au terme, pas seulement jusqu'à l'âge limite de la garantie.
Ce que le contrat décès-seul ne couvre pas
Le contrat décès-seul n'intervient pas si vous tombez gravement malade et ne pouvez plus rembourser vos mensualités, mais que vous êtes encore en vie. C'est le risque principal de ce format réduit.
Un exemple concret : vous avez 71 ans, un AVC vous laisse grabataire. Vous êtes en vie. Le contrat décès-seul n'intervient pas. Les mensualités restent dues. Si vos revenus (pension de retraite) ne suffisent pas, la banque peut activer ses garanties réelles ou saisir le bien.
C'est la limite structurelle de ce produit. Pour les profils avec un risque de dépendance ou d'incapacité significatif, la convention AERAS mérite d'être explorée en parallèle, même si les conditions d'accès sont plus restrictives.
L'article sur la PTIA après 60 ans détaille les solutions pour couvrir ce risque spécifique lorsqu'il reste assurable.
La banque peut-elle refuser un contrat décès-seul comme délégation ?
La réponse dépend de ce que couvre le contrat groupe de référence de la banque.
L'article L.313-30 du Code de la consommation pose le principe d'équivalence des garanties : la banque ne peut refuser une délégation que si le contrat externe ne présente pas des garanties au moins équivalentes au contrat groupe qu'elle propose.
Voici le point clé : si le contrat groupe de votre banque a déjà cessé de couvrir l'ITT et l'IPT à 65 ans (ce qui est le cas dans tous les grands réseaux), alors un contrat décès-seul respecte l'équivalence pour un emprunteur de 70 ans. Il couvre ce que le groupe couvre encore : le décès.
La banque ne peut donc pas légalement refuser une délégation décès-seul pour un senior dont les garanties invalidité ont déjà été supprimées par le contrat groupe lui-même.
Si elle oppose un refus, elle doit le motiver par écrit dans les 10 jours ouvrés suivant votre demande. Un refus sans motivation ou hors délai peut faire l'objet d'une saisine du médiateur bancaire. La fiche service-public.gouv.fr sur la délégation détaille cette procédure de recours.
Taux et coût d'un contrat décès-seul senior
Le contrat décès-seul est moins cher qu'un contrat complet, pour la raison évidente qu'il couvre moins de risques. Mais les taux augmentent avec l'âge, suivant la probabilité de décès.
Ordres de grandeur en 2025-2026 pour un emprunteur en bonne santé :
Âge à la souscription | Taux décès-seul (capital restant dû) | Taux groupe complet (capital initial) |
|---|---|---|
65 ans | 0,35-0,50 % | 1,40-1,50 % |
70 ans | 0,50-0,70 % | Souscription refusée ou très limitée |
75 ans | 0,70-1,00 % | Quasi inaccessible |
Ces taux s'appliquent sur le capital restant dû, qui décroît au fil des remboursements. La prime diminue donc chaque année pour les contrats sur capital restant dû, contrairement aux contrats groupe calculés sur le capital initial.
Un profil avec antécédents médicaux verra ces taux majorés, parfois significativement. La surprime dépend de la pathologie déclarée et de l'assureur.
Qui propose ces contrats et comment y accéder ?
Les assureurs spécialisés acceptant les dossiers seniors en décès-seul ne travaillent pas tous en accès direct. Certains passent exclusivement par des courtiers partenaires pour les profils 70 ans et plus.
Les courtiers spécialisés seniors (Utwin, Ymanci et quelques acteurs similaires) ont des accords-cadres avec ces assureurs. Ils peuvent traiter un dossier que vous ne pourriez pas soumettre seul via un comparateur en ligne. L'article sur les courtiers spécialisés seniors explique comment fonctionnent ces accords et comment choisir un courtier adapté.
Si vous avez aussi un risque de santé aggravé (au-delà de la simple question de l'âge), la convention AERAS peut couvrir la garantie décès dans des conditions acceptables via son niveau 3. Le capital maximum est de 420 000 euros avec fin de remboursement avant 71 ans.
Cas concret : Pierre, 71 ans, prêt de 90 000 euros sur 9 ans
Pierre est retraité du secteur public. Il achète un studio pour compléter ses revenus de pension. Son prêt s'élève à 90 000 euros sur 9 ans, soit des mensualités de crédit autour de 920 euros.
Sa banque lui propose son contrat groupe : taux de 1,30 % sur le capital initial. Prime mensuelle fixe : 97 euros sur toute la durée. Total assurance sur 9 ans : 10 476 euros. À noter que ce contrat groupe ne couvre plus l'ITT ni l'IPT pour Pierre (il a 71 ans) : seul le décès est couvert.
Un courtier spécialisé lui trouve un contrat décès-seul auprès d'un assureur partenaire : 0,58 % sur le capital restant dû. Prime initiale : 43 euros au premier mois, décroissante. Total assurance sur 9 ans : environ 2 300 euros.
Économie totale : 8 176 euros. Pour une couverture identique dans les deux cas (décès uniquement, puisque le groupe ne couvrait rien d'autre de toute façon).
Estimez votre prime décès-seul selon votre profil sur le simulateur Kidonk.
Quand accepter le contrat décès-seul, quand chercher mieux ?
Le contrat décès-seul convient dans trois situations précises.
Vous avez entre 70 et 75 ans et vous êtes en bonne santé. Les garanties invalidité sont de toute façon indisponibles à cet âge. Le contrat décès-seul couvre l'essentiel du risque financier pour votre banque et vos héritiers.
La durée du prêt est courte (moins de 12 ans) et le capital est modéré. Plus le prêt est court, moins le risque de sinistre invalidité pendant la période active du crédit est significatif. Sur 8 ans, un contrat décès-seul est souvent le bon arbitrage.
Vous disposez par ailleurs d'une épargne ou de revenus de retraite suffisants pour faire face à un aléa de santé. Si un problème de santé n'impacterait pas votre capacité à rembourser (pension stable, épargne de précaution), l'absence de garantie invalidité est moins risquée.
En revanche, cherchez une couverture plus complète dans deux cas. Si vous avez moins de 68 ans et une bonne santé déclarée, un courtier spécialisé peut souvent trouver un contrat avec PTIA ou même IPT à un taux raisonnable. Et si vous avez un antécédent médical grave, explorez d'abord la convention AERAS avant de vous rabattre sur le décès-seul : les deux démarches ne s'excluent pas mais leur résultat varie selon le profil.
L'article guide complet assurance emprunteur senior 65-80 ans présente toutes les options côte à côte pour orienter ce choix.
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FAQ
Qu'est-ce qu'un contrat décès-seul en assurance emprunteur ?
Un contrat décès-seul couvre uniquement le remboursement du capital restant dû en cas de décès de l'emprunteur. Il n'inclut pas les garanties ITT (arrêt de travail), IPT (invalidité permanente) ni PTIA (perte totale d'autonomie). C'est la forme la plus réduite d'assurance emprunteur, souvent la seule accessible pour les profils de 70 ans et plus.
La banque peut-elle refuser un contrat décès-seul comme délégation ?
Non, si le contrat groupe de référence de la banque ne couvre lui-même que le décès pour votre âge. Pour un emprunteur de 70 ans, les garanties ITT et IPT ont généralement déjà cessé dans le contrat groupe à 65 ans. Un contrat décès-seul est donc équivalent aux garanties encore actives, et la banque ne peut pas le refuser (art. L.313-30 du Code de la consommation).
Combien coûte un contrat décès-seul pour un senior de 70 ans ?
En 2025-2026, le taux d'un contrat décès-seul pour un profil de 70 ans en bonne santé se situe entre 0,50 et 0,70 % du capital restant dû. Sur un prêt de 90 000 euros sur 9 ans, cela représente environ 40-50 euros par mois au départ, avec une prime décroissante. C'est deux à trois fois moins cher que le contrat groupe équivalent, calculé sur le capital initial.
Le contrat décès-seul couvre-t-il la dépendance ?
Non. Le contrat décès-seul ne couvre pas la dépendance, la maladie longue durée ni aucune forme d'incapacité. Si vous tombez gravement malade mais restez en vie, aucune indemnité n'est versée. Les mensualités restent dues. Pour couvrir ce risque, il faut chercher une garantie PTIA ou explorer la convention AERAS selon le profil médical.
Jusqu'à quel âge peut-on souscrire un contrat décès-seul ?
Les contrats décès-seul les plus étendus du marché acceptent des souscriptions jusqu'à 75-80 ans, avec une garantie courant jusqu'à 85-90 ans selon l'assureur. Ces dossiers passent généralement par des courtiers spécialisés seniors qui ont des accords avec des assureurs refusant les demandes directes. Au-delà de 80 ans, le nantissement d'assurance-vie devient souvent la seule alternative crédible.
Faut-il un questionnaire médical pour souscrire un contrat décès-seul ?
Oui, dans la grande majorité des cas. L'exemption Lemoine (pas de questionnaire si prêt inférieur à 200 000 euros remboursé avant 60 ans) ne s'applique pas aux seniors de plus de 60 ans. Un questionnaire médical complet est exigé, avec parfois une visite médicale après 65 ans. Un antécédent médical peut générer une surprime ou une exclusion spécifique au décès lié à cette pathologie.

