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Dispense de questionnaire de santé Lemoine à 20-30 ans : dans quels cas s'applique-t-elle vraiment ?
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En bref : un emprunteur de 20 à 30 ans qui contracte un prêt immobilier classique remplit presque toujours les deux conditions de la dispense de questionnaire de santé prévue par la loi Lemoine, un encours assuré sous 200 000 euros et un remboursement achevé avant 60 ans. Quatre situations font sauter ce bénéfice : cumul de crédits, achat en zone tendue au-dessus du seuil, investissement locatif ajouté à la résidence principale, et quotité de couple mal répartie.
Pas de formulaire médical, pas d'examen complémentaire, pas de délai lié à un avis de médecin conseil. C'est ce que vit la majorité des emprunteurs de 20 à 30 ans, sans toujours savoir pourquoi.
La réponse tient en une loi et deux conditions. Voici comment elles s'appliquent concrètement à ce profil, et les quatre cas où elles ne s'appliquent pas.
Avant le 1er juin 2022, aucun mécanisme légal comparable n'existait. Tout emprunteur, quel que soit son âge, devait remplir un questionnaire de santé détaillé pour obtenir une assurance emprunteur, avec un délai d'instruction qui pouvait s'étendre à plusieurs semaines en cas de doute médical. La loi Lemoine a changé cette règle pour une partie des emprunteurs, et les 20-30 ans en sont les premiers bénéficiaires structurels.
Qu'est-ce que la dispense de questionnaire de santé de la loi Lemoine ?
Depuis le 1er juin 2022, l'assureur ne peut plus exiger de questionnaire de santé si deux conditions sont réunies cumulativement : la part assurée par emprunteur n'excède pas 200 000 euros, et l'échéance de remboursement intervient avant le 60e anniversaire de l'assuré. Le texte figure à l'article L.113-2-1 du Code des assurances.
Le seuil de 200 000 euros s'apprécie par personne assurée, pas par prêt. Un couple qui emprunte 350 000 euros en quotité 50/50 reste sous le plafond pour chacun, à 175 000 euros par tête. C'est un point que beaucoup de jeunes couples ignorent au moment de répartir leur quotité.
Service-public.gouv.fr confirme ce mécanisme : l'assureur est dans l'interdiction de demander un questionnaire médical dès lors que ces deux seuils sont respectés, quel que soit l'état de santé réel de l'emprunteur.
Pourquoi les 20-30 ans en bénéficient presque automatiquement
Un article déjà publié sur ce blog, Loi Lemoine après 50 ans : qui bénéficie vraiment de la suppression du questionnaire santé ?, montre que pour un emprunteur de 50 à 75 ans, ces deux conditions deviennent difficiles à réunir. Un prêt souscrit à 58 ans, par exemple, ne peut s'étaler que sur deux ans pour respecter le seuil des 60 ans, une durée rarement compatible avec un achat immobilier.
Pour un emprunteur de 20 à 30 ans, la situation est inversée.
Prenons un emprunteur de 27 ans qui souscrit un prêt sur 25 ans. L'échéance tombe à 52 ans, soit huit ans avant le seuil des 60 ans. La marge est confortable, même en cas de renégociation ou de rallongement de durée en cours de route.
Côté montant, le prix médian d'un premier achat immobilier hors zones tendues reste, dans la majorité des régions françaises, en dessous de 200 000 euros par emprunteur. Les deux conditions sont donc réunies presque par construction, sans démarche particulière à effectuer.
C'est ce mécanisme qui explique en partie pourquoi le taux plancher observé avant 30 ans reste aussi bas : moins de friction administrative signifie des dossiers traités plus vite, avec moins de surprimes liées à des découvertes médicales tardives.
Les 4 cas où un jeune emprunteur perd le bénéfice de la dispense
La dispense n'est pas automatique dans l'absolu. Elle dépend strictement du respect des deux seuils. Quatre situations fréquentes chez les 20-30 ans les font sauter.
1. Le cumul de crédits déjà en cours
Le seuil de 200 000 euros s'apprécie sur l'encours cumulé assuré par personne, pas prêt par prêt. Un jeune emprunteur qui a déjà un crédit auto ou un crédit conso assuré, et qui ajoute un prêt immobilier, additionne les encours. Si le total dépasse 200 000 euros, la dispense ne s'applique plus sur le nouveau contrat.
Exemple : un emprunteur de 25 ans a encore 15 000 euros d'encours assuré sur un crédit auto. Il souscrit ensuite un prêt immobilier de 190 000 euros. Son encours cumulé atteint 205 000 euros, au-dessus du seuil : le questionnaire de santé redevient exigible sur le nouveau contrat.
2. L'achat en zone tendue au-dessus du seuil
À Paris et dans plusieurs grandes métropoles, le prix au mètre carré fait fréquemment dépasser les 200 000 euros pour un premier achat, même petit. Un studio ou un deux-pièces dans ces zones peut suffire à faire perdre la dispense, alors que le même profil en aurait bénéficié en province.
Exemple : un couple de 27 et 29 ans achète un deux-pièces parisien à 340 000 euros, en quotité 50/50. Chacun est assuré à hauteur de 170 000 euros, sous le seuil : la dispense s'applique quand même, malgré le prix élevé du bien, grâce au partage de la quotité.
3. L'investissement locatif ajouté à la résidence principale
Un emprunteur de 28 ans qui achète sa résidence principale à 160 000 euros, puis ajoute un investissement locatif de 90 000 euros la même année ou l'année suivante, peut voir son encours cumulé franchir le seuil selon la répartition de l'assurance entre les deux prêts.
Exemple : dans ce cas, l'encours cumulé atteint 250 000 euros. Le premier prêt reste couvert par la dispense s'il a été souscrit avant le second, mais le nouveau contrat d'assurance sur l'investissement locatif nécessitera un questionnaire de santé pour la part qui dépasse le seuil global.
4. La quotité de couple mal répartie
Le seuil de 200 000 euros s'apprécie par assuré, selon sa part de quotité, pas selon le montant total du prêt. Un couple qui choisit une quotité 70/30 plutôt que 50/50 peut faire dépasser le seuil individuel de celui qui porte 70 %, même si le prêt total reste modéré.
Exemple : un couple emprunte 280 000 euros en quotité 70/30. Le partenaire assuré à 70 % porte 196 000 euros, encore sous le seuil. Mais si le même prêt était réparti 80/20, sa part atteindrait 224 000 euros, au-dessus du seuil : la répartition de la quotité peut donc, à elle seule, faire basculer l'éligibilité.
Comment vérifier soi-même son éligibilité en 3 étapes
Avant de déposer un dossier, un jeune emprunteur peut vérifier lui-même s'il entre dans le champ de la dispense.
Étape 1. Calculer l'âge exact à l'échéance prévue du prêt, en additionnant l'âge actuel et la durée du prêt en années. Ce total doit rester strictement inférieur à 60.
Étape 2. Additionner tous les encours de crédits déjà assurés (auto, conso, autre prêt immobilier) avec le nouveau capital envisagé, en tenant compte de la quotité personnelle sur chaque prêt. Le total doit rester sous 200 000 euros.
Étape 3. Si les deux totaux respectent les seuils, la dispense s'applique de droit, quel que soit l'assureur choisi, groupe bancaire ou délégation. Si l'un des deux seuils est dépassé, un questionnaire de santé standard sera demandé, sans que cela ne présume d'un refus ou d'une surprime pour un profil jeune et sans antécédent.
Exemple complet : un emprunteur de 24 ans souscrit un prêt de 195 000 euros sur 24 ans, sans autre crédit assuré en cours. Étape 1, l'échéance tombe à 48 ans, sous 60 ans. Étape 2, l'encours cumulé s'élève à 195 000 euros, sous 200 000 euros. Étape 3, les deux seuils étant respectés, la dispense s'applique automatiquement, sans démarche particulière à effectuer auprès de l'assureur.
Que se passe-t-il si le questionnaire est quand même requis ?
Sortir du champ de la dispense ne signifie pas un refus ni une surprime automatique. Cela signifie simplement un retour au questionnaire de santé standard, avec les délais d'instruction classiques.
Pour un profil de 20 à 30 ans sans antécédent médical significatif, ce questionnaire aboutit dans la grande majorité des cas à une acceptation au tarif standard. Le risque statistique reste faible à cet âge, dispense ou non. Il n'existe cependant aucune statistique officielle publiée sur le taux d'acceptation par tranche d'âge : les données disponibles portent sur les niveaux de prime, pas sur les taux de refus.
Le vrai coût de la sortie du champ Lemoine est administratif, pas nécessairement financier : quelques jours ou semaines de délai supplémentaire pour traiter le dossier.
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La dispense change-t-elle le niveau de garanties du contrat ?
Non, et c'est un point souvent mal compris. La dispense de questionnaire de santé ne modifie ni le niveau de couverture, ni les exclusions, ni les plafonds d'indemnisation du contrat. Elle supprime uniquement l'étape de déclaration médicale préalable à la souscription.
Un contrat souscrit sans questionnaire de santé couvre les mêmes garanties, décès, PTIA, IPT, ITT selon les options choisies, qu'un contrat souscrit avec questionnaire. La seule différence porte sur la procédure d'entrée dans le contrat, pas sur son contenu.
Cela signifie aussi qu'un jeune emprunteur reste tenu de déclarer spontanément toute évolution significative de son état de santé en cours de prêt, même s'il n'a pas eu de questionnaire initial à remplir. L'absence de questionnaire à la souscription n'efface pas l'obligation générale de bonne foi envers l'assureur.
Et en cas de changement d'assurance en cours de prêt, la dispense s'applique-t-elle encore ?
Un jeune emprunteur qui a souscrit son assurance à 26 ans garde le droit de changer d'assureur à tout moment, sans frais ni pénalité, grâce à la résiliation infra-annuelle prévue par l'article L.113-12-2 du Code des assurances.
Ce droit de résiliation est distinct de la dispense de questionnaire de santé. Au moment d'un changement d'assurance, les deux mêmes conditions de la loi Lemoine sont réévaluées à la date de la nouvelle demande : encours assuré sous 200 000 euros et échéance avant 60 ans. Pour un emprunteur qui change d'assureur à 29 ans sur un prêt qui s'achève à 51 ans, ces conditions restent réunies, et la dispense continue de s'appliquer sur le nouveau contrat.
C'est un point favorable pour les jeunes emprunteurs : contrairement à un profil plus âgé qui peut perdre le bénéfice de la dispense en changeant tardivement d'assurance, un emprunteur de moins de 30 ans reste dans le champ de l'exemption sur une large partie, voire la totalité, de la durée de son prêt.
FAQ
Un prêt de 180 000 euros à 26 ans est-il concerné par la dispense de questionnaire santé ?
Oui, dans la grande majorité des cas. Si le remboursement s'achève avant le 60e anniversaire de l'emprunteur, ce qui est presque systématique sur un prêt classique souscrit à cet âge, et si l'encours assuré reste sous 200 000 euros, aucun questionnaire de santé ne peut être exigé.
Le seuil de 200 000 euros s'applique-t-il par prêt ou par personne ?
Il s'applique par personne assurée, en cumulant tous les encours de crédits assurés en cours. Un couple en quotité 50/50 sur 350 000 euros reste sous le seuil individuel de 200 000 euros pour chacun des deux emprunteurs.
Que se passe-t-il si mon investissement locatif fait dépasser le seuil des 200 000 euros ?
La dispense ne s'applique plus sur la part qui dépasse le seuil. Un questionnaire de santé classique devient nécessaire pour ce contrat. Cela n'entraîne pas automatiquement une surprime pour un profil jeune et sans antécédent.
La dispense Lemoine s'applique-t-elle aussi en assurance groupe bancaire ?
Oui, la dispense de questionnaire de santé s'applique quel que soit le type de contrat, groupe bancaire ou délégation individuelle, dès lors que les deux conditions de montant et d'échéance sont réunies.
Peut-on perdre le bénéfice de la dispense en cours de prêt ?
Un changement de situation qui fait dépasser le seuil, comme l'ajout d'un nouveau crédit assuré, peut faire perdre la dispense sur une nouvelle demande d'assurance. Le contrat déjà souscrit n'est pas remis en cause rétroactivement.

