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Questionnaire de santé dans le dossier assurance emprunteur : comment le remplir sans risque (ou l'éviter légalement)

Publié le :

En bref : Le questionnaire de santé est la pièce la plus risquée du dossier assurance emprunteur. Une omission peut entraîner une réduction d'indemnité en cas de sinistre. Une fausse déclaration intentionnelle entraîne la nullité du contrat. La loi Lemoine vous en dispense si votre prêt est inférieur ou égal à 200 000 euros par emprunteur et remboursé avant vos 60 ans.

Le questionnaire de santé n'est pas une formalité administrative. C'est un document juridique qui engage votre couverture sur toute la durée du prêt. Une réponse incomplète ou inexacte au moment du dépôt peut priver votre famille de toute indemnisation des années plus tard, au pire moment.

Voici comment naviguer cette étape sans risque.

Quand la loi vous dispense du questionnaire

La loi Lemoine du 28 février 2022 a supprimé l'obligation du questionnaire de santé pour une partie des emprunteurs. Les conditions sont définies aux articles L.521-1 à L.521-5 du Code de la consommation.

Deux conditions cumulatives pour bénéficier de la dispense :

  1. Le montant assuré est inférieur ou égal à 200 000 euros par emprunteur

  2. Le prêt est intégralement remboursé avant vos 60 ans

Les deux conditions doivent être réunies simultanément.

Exemples concrets

Profil

Montant emprunté

Quotité

Montant assuré par emprunteur

Fin de prêt

Dispense ?

Emprunteur seul, 35 ans, prêt 25 ans

180 000 €

100 %

180 000 €

60 ans

Oui

Couple, 38 ans, prêt 25 ans, 300 000 €

300 000 €

50/50

150 000 € chacun

63 ans

Non (fin après 60 ans)

Emprunteur seul, 32 ans, prêt 20 ans

250 000 €

100 %

250 000 €

52 ans

Non (> 200 000 €)

Couple, 30 ans, prêt 25 ans, 350 000 €

350 000 €

50/50

175 000 € chacun

55 ans

Oui

Si vous bénéficiez de la dispense, l'assureur doit vous remettre une attestation de non-questionnaire. Ce document fait partie du dossier.

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Ce que le questionnaire contient réellement

Si la dispense ne s'applique pas, le questionnaire porte sur cinq domaines.

1. Antécédents médicaux
Maladies diagnostiquées, opérations chirurgicales, hospitalisations. La période couverte varie selon l'assureur : généralement les 5 à 10 dernières années, parfois sans limite temporelle pour certaines pathologies graves.

2. Traitements en cours
Médicaments pris de façon régulière, y compris les traitements « banals » comme les antihypertenseurs, les antidépresseurs ou les traitements hormonaux.

3. Arrêts de travail
Tous les arrêts de travail de plus de 8 jours sur les dernières années. Certains questionnaires descendent à 3 jours.

4. Situations spécifiques
Grossesse en cours, invalidité reconnue, taux d'incapacité, accident corporel.

5. Habitudes de vie
Tabagisme (déclaration sur 3 ans en général), pratiques sportives à risque, activités professionnelles dangereuses.

4 règles pour remplir sans risque

Règle 1 : soyez exhaustif, même pour les « petites choses »

Un arrêt de travail d'une semaine pour une entorse du genou il y a 3 ans semble anodin. Un assureur peut estimer que vous auriez dû le déclarer. En cas de sinistre lié à une pathologie articulaire, il utilisera cette omission pour contester l'indemnisation.

La règle est simple : déclarez tout ce dont vous vous souvenez. L'assureur décide seul de ce qu'il retient.

Règle 2 : ne répondez pas seul si vous avez des antécédents

Consultez votre médecin traitant avant de remplir le questionnaire. Il connaît votre historique médical précis, les terminologies exactes et les dates. Une formulation imprécise (« opération du dos » au lieu de « hernie discale L4-L5 opérée en 2022 ») peut créer une ambiguïté défavorable.

Règle 3 : conservez une copie datée

Gardez une copie du questionnaire rempli avec la date d'envoi. Si un litige survient des années plus tard, c'est la seule preuve que vous avez bien déclaré un fait à la souscription.

Règle 4 : ne cédez pas à la pression du calendrier

Certains emprunteurs bâclent le questionnaire pour ne pas retarder le dossier. C'est le pire calcul. Un questionnaire inexact peut invalider votre couverture pour toute la durée du prêt.

Les 3 pièges les plus fréquents

Piège 1 : l'arrêt de travail « oublié »

Un arrêt de travail pour burn-out en 2022, un épisode dépressif traité en 2020 : ces événements semblent loin. Mais ils figurent souvent dans votre dossier médical et peuvent ressortir en cas de sinistre. L'assureur interroge votre médecin ou la Sécurité sociale. L'omission est alors considérée comme intentionnelle.

Piège 2 : la pathologie ancienne « guérie »

« J'ai eu un cancer du sein en 2019, je suis en rémission depuis 5 ans. » Si le délai du droit à l'oubli est atteint (5 ans de rémission complète pour la plupart des cancers depuis la loi Lemoine), vous n'êtes plus obligé de le déclarer. En dehors de ce délai : déclaration obligatoire, sans exception.

Piège 3 : le médicament habituel non mentionné

Un traitement quotidien contre l'hypertension ou le cholestérol est parfois perçu comme banal. Il ne l'est pas pour un assureur. Ce traitement révèle un facteur de risque qui conditionne le tarif ou les exclusions. Ne pas le mentionner constitue une omission.

Les conséquences juridiques selon le type d'omission

L'article L.113-8 du Code des assurances et l'article L.113-9 distinguent deux situations.

Situation

Conséquence légale

Fausse déclaration intentionnelle (vous saviez et vous avez sciemment omis)

Nullité du contrat, aucune indemnisation, même si le sinistre est sans lien avec la pathologie cachée

Omission non intentionnelle (vous avez oublié de bonne foi)

Réduction proportionnelle d'indemnité, l'indemnisation est réduite à hauteur du ratio prime perçue / prime qui aurait été due

La distinction entre omission intentionnelle et non intentionnelle est appréciée par le juge. Les tribunaux tendent à considérer qu'un arrêt de travail récent pour une pathologie grave est difficile à « oublier ».

Si des examens médicaux complémentaires sont demandés

Pour les montants assurés élevés, les profils âgés ou les déclarations de santé complexes, l'assureur peut demander des examens médicaux complémentaires.

Les examens les plus courants :

  • Bilan sanguin (glycémie, cholestérol, bilan hépatique, NFS)

  • ECG ou épreuve d'effort (pour les profils cardiaques ou > 55 ans)

  • Rapport du médecin traitant

  • Expertise d'un spécialiste (cardiologie, oncologie, neurologie)

Ce que cela implique pour le délai :
Ces examens allongent le traitement de 2 à 3 semaines. Dans certains cas, l'assureur mandate un médecin-conseil qui étudie le dossier en commission. Ce processus peut prendre 4 à 6 semaines supplémentaires.

Conseil pratique : si vous savez que votre profil médical est complexe, déclarez-le clairement dès le début plutôt que de minimiser. L'assureur finira par le découvrir. Une déclaration transparente permet de négocier dès le départ des surprimes ou exclusions raisonnables plutôt que de subir un refus tardif.

Pour les profils avec antécédents médicaux, les contrats spécialisés santé aggravée offrent des grilles de tarification adaptées que les contrats standard ne peuvent pas proposer.

Ce qui se passe si l'assureur refuse après le questionnaire

Le refus après questionnaire n'est pas une fin de parcours.

Option 1 : passer au niveau AERAS. La convention AERAS (s'Assurer et Emprunter avec un Risque Aggravé de Santé) prévoit 3 niveaux d'examen successifs. Le niveau 3 implique un pool de réassureurs si les deux premiers niveaux refusent. Conditions : montant assuré inférieur ou égal à 420 000 euros et fin de remboursement avant 71 ans.

Option 2 : changer d'assureur. Les grilles d'acceptation varient significativement d'un assureur à l'autre. Un refus chez l'un n'est pas un refus universel.

Option 3 : accepter les exclusions. Un assureur peut accepter votre dossier en excluant les sinistres liés à votre pathologie déclarée. Cela couvre au moins les autres risques (décès toutes causes, accident, autres maladies).

Le processus complet est décrit dans le guide Dépôt dossier assurance emprunteur : les 7 étapes.

Pour aller plus loin

FAQ

Suis-je obligé de déclarer un arrêt de travail pour dépression survenu il y a 4 ans ?
Oui, si l'assureur pose une question couvrant cette période. La plupart des questionnaires couvrent les 5 dernières années. Une omission d'un épisode psychiatrique est particulièrement risquée : c'est une catégorie que les assureurs scrutent systématiquement. Déclarez-le et laissez l'assureur décider du traitement.

La loi Lemoine me dispense-t-elle si j'achète avec un co-emprunteur ?
La dispense s'apprécie par emprunteur et par montant assuré individuel. Si chacun est couvert pour moins de 200 000 euros et que le prêt se termine avant les 60 ans de chacun, la dispense s'applique aux deux. Si un seul des deux dépasse le plafond, l'autre peut être dispensé mais pas le premier.

L'assureur peut-il accéder à mon dossier médical sans mon accord ?
Non. Il s'appuie exclusivement sur votre déclaration. En cas de sinistre, il peut demander à votre médecin un rapport médical, mais uniquement si vous avez signé une autorisation médicale au moment de la souscription : ce que fait systématiquement le formulaire de souscription.

Que faire si j'ai oublié une pathologie lors du remplissage initial ?
Contactez immédiatement l'assureur par écrit pour signaler l'omission. Un rectificatif spontané est traité différemment d'une omission découverte lors d'un sinistre. La transparence protège votre contrat.

Un refus de l'assureur reste-t-il dans un fichier accessible à d'autres assureurs ?
Non. Il n'existe pas de fichier national des refus d'assurance emprunteur en France. Chaque assureur évalue votre dossier indépendamment. Un refus chez l'un n'a aucune conséquence sur votre demande chez un autre.

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