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Délégation d'assurance emprunteur : 12 questions juridiques auxquelles on répond

Le droit à la délégation d'assurance emprunteur existe depuis 2010. Mais ses contours légaux restent flous pour beaucoup d'emprunteurs. Voici les 12 questions les plus fréquentes, avec des réponses directes fondées sur les textes en vigueur.
1. La banque peut-elle m'imposer son assurance emprunteur ?
Non. Depuis la loi n°2010-737 du 1er juillet 2010, dite loi Lagarde, toute banque doit accepter le contrat d'assurance présenté par un emprunteur, dès lors que les garanties sont équivalentes à celles de sa fiche standardisée d'information. Service-public.fr détaille vos droits de délégation. L'article L.313-30 du Code de la consommation formalise ce droit.
Avant 2010, aucun texte n'imposait à la banque d'accepter un contrat externe. Elle était libre de refuser. Ce n'est plus le cas.
2. La banque peut-elle modifier mon taux d'intérêt si je refuse son assurance ?
Non. L'article L.313-25 du Code de la consommation interdit expressément de conditionner le taux du crédit à la souscription d'un contrat d'assurance spécifique. Cette interdiction est en vigueur depuis 2010.
Si votre banque vous annonce une révision du taux en réponse à une demande de délégation, c'est une infraction. Vous pouvez la signaler à la DGCCRF sur signal.conso.gouv.fr ou saisir l'ACPR.
3. Quand puis-je demander une délégation ?
Depuis la loi Lemoine du 28 février 2022, vous pouvez demander une délégation à tout moment. Il n'y a plus de contrainte de calendrier.
Avant Lemoine, la délégation à la souscription était possible (Lagarde 2010), puis dans la première année (Hamon 2014), puis à chaque date anniversaire (Bourquin 2018). La loi Lemoine a supprimé toutes ces fenêtres et ouvert un droit permanent à la résiliation. La substitution prend effet dès que le nouveau contrat est accepté par la banque.
4. La banque peut-elle refuser ma délégation ?
Oui, mais seulement pour un motif légal. La banque ne peut refuser que si votre contrat ne satisfait pas un ou plusieurs critères de sa fiche standardisée d'information (FSI). Elle doit motiver ce refus par écrit, en citant précisément les critères non satisfaits.
Un refus non motivé, un refus verbal, ou un refus invoquant un motif extérieur à la FSI (assureur "non référencé", contrat "différent" du sien, etc.) est illégal. Vous pouvez le contester auprès du médiateur bancaire. Les motifs légaux et illégaux de refus sont détaillés dans l'article dédié.
5. Combien de temps la banque a-t-elle pour répondre à ma demande ?
10 jours ouvrés à partir de la réception d'un dossier complet (fiche de correspondance garanties, devis, conditions générales). C'est l'obligation posée par l'article L.313-30 du Code de la consommation.
En 2025, 38 % des établissements dépassent ce délai selon le baromètre APCADE. La DGCCRF a sanctionné quatre banques en octobre 2025 pour un total de 700 000 euros d'amendes. Si votre banque dépasse ce délai, vous pouvez saisir le médiateur bancaire.
6. Qu'est-ce que l'équivalence de garanties exactement ?
L'équivalence de garanties est le mécanisme par lequel la banque évalue si votre contrat d'assurance individuelle couvre les mêmes risques que son contrat groupe. Elle compare chaque critère de la fiche standardisée d'information (FSI) avec les clauses de votre contrat.
Depuis la standardisation du Comité consultatif du secteur financier (CCSF) en 2015, la banque ne peut exiger que 11 critères maximum pour les garanties décès et invalidité, et 4 pour la perte d'emploi. L'équivalence est un niveau minimum : si votre contrat offre des garanties supérieures sur certains points, la banque doit quand même accepter.
7. Mon contrat individuel peut-il être refusé si l'assureur n'est pas "agréé" par ma banque ?
Non. La banque ne peut pas maintenir une liste d'assureurs agréés et refuser tout contrat hors liste. Tout assureur habilité à exercer en France peut être présenté en délégation. Invoquer le non-référencement d'un assureur est un motif de refus illégal.
8. Puis-je déléguer si j'ai des problèmes de santé ?
Cela dépend de votre situation. La loi Lemoine (2022) a supprimé le questionnaire médical pour les prêts inférieurs à 200 000 euros remboursés avant le 60e anniversaire de l'emprunteur. Dans ce cas, aucun assureur ne peut vous opposer des surprimes ou exclusions liées à votre état de santé pour la délégation.
Au-delà de ces seuils, le questionnaire médical reste obligatoire. Les profils à risque de santé peuvent se heurter à des surprimes ou exclusions en délégation individuelle, mais aussi bénéficier de la convention AERAS qui facilite l'accès à l'assurance pour les personnes présentant un risque aggravé.
9. La délégation s'applique-t-elle aux prêts à la consommation ?
Non. La délégation d'assurance concerne uniquement les crédits immobiliers. Les articles L.313-25 et L.313-30 du Code de la consommation s'appliquent aux prêts régis par les dispositions relatives au crédit immobilier. Les crédits à la consommation sont soumis à un régime différent.
10. Que faire si ma banque tarde à répondre mais ne refuse pas formellement ?
Après 10 jours ouvrés sans réponse, le silence vaut refus implicite. Vous ne pouvez pas considérer que votre demande est acceptée en l'absence de réponse. Vous devez agir.
Envoyez une relance écrite mentionnant la date de dépôt de votre dossier complet et le dépassement du délai légal. Si la situation persiste, saisissez le médiateur bancaire. Le détail de la procédure est dans l'article sur le délai de 10 jours.
11. Puis-je changer d'avis et revenir au contrat de ma banque après une délégation ?
Oui, techniquement. La loi Lemoine permet la résiliation à tout moment dans les deux sens. Vous pouvez résilier votre contrat de délégation et souscrire à nouveau le contrat groupe de votre banque si vous le souhaitez. La banque n'est pas obligée de vous reprendre au même tarif qu'initialement : un nouveau contrat est souscrit aux conditions actuelles.
En pratique, revenir au contrat de la banque est rarement avantageux : les tarifs des contrats groupes n'ont pas baissé au rythme de la délégation, et votre profil de risque peut avoir évolué depuis la souscription initiale.
12. La banque peut-elle exiger que j'achète d'autres produits en échange de son accord de délégation ?
Non. Les ventes liées entre crédit immobilier et autres produits bancaires sont encadrées par la loi. La banque peut proposer des avantages conditionnés à la domiciliation des revenus (dans les limites posées par la loi Lemoine), mais elle ne peut pas conditionner l'acceptation d'une délégation à la souscription d'autres produits.
Si votre banque lie l'acceptation d'une délégation à l'ouverture d'un compte d'épargne, d'une carte premium ou d'un autre produit, c'est une pratique contestable. Vous pouvez le signaler à la DGCCRF.
Pour aller plus loin
Loi Lagarde 2010 : le fondement légal du libre choix en assurance emprunteur
Avant 2010 : comment les banques imposaient leur assurance emprunteur
Clause d'équivalence de garanties : le mécanisme clé de la délégation
Refus de délégation par la banque : motifs légaux et recours
Le délai de 10 jours de la banque : règles et recours si dépassé
Après Lagarde : ce que Hamon, Bourquin et Lemoine ont ajouté
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