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Loi Lagarde 2010 : le fondement légal du libre choix en assurance emprunteur

Depuis le 1er juillet 2010, aucune banque ne peut vous imposer son assurance emprunteur. Ce droit repose sur un seul texte : l'article L.313-30 du Code de la consommation, introduit par la loi n°2010-737, dite loi Lagarde. Voilà le fondement légal de tout le marché de la délégation d'assurance en France.
En 2025, seulement 19 % des emprunteurs exercent ce droit. Les 81 % restants paient l'assurance de leur banque, souvent sans savoir qu'ils peuvent faire autrement. Cette page vous explique ce que dit vraiment la loi, pourquoi elle existe et ce qu'elle vous autorise à faire dès aujourd'hui.
Avant 2010 : un monopole bancaire sans texte de loi
Avant la loi Lagarde, aucun texte n'interdisait aux banques d'imposer leur propre assurance. Le droit au libre choix n'existait pas.
Les banques liaient systématiquement l'octroi du crédit à la souscription de leur contrat groupe. Un refus de l'emprunteur pouvait se traduire par un taux d'intérêt plus élevé, un refus de prêt, ou simplement une pression commerciale difficile à contourner. L'emprunteur n'avait aucun recours légal.
Les conséquences étaient directes. Les contrats groupes pratiquaient des marges estimées aujourd'hui à environ 70 % par UFC-Que Choisir. Un coût de délégation externe peut être jusqu'à quatre fois inférieur à celui d'un contrat bancaire standard. Ces marges existaient bien avant 2010, sans aucune concurrence pour les corriger.
Le marché de l'assurance emprunteur pesait déjà plusieurs milliards d'euros. Les bancassureurs en captaient la quasi-totalité. La part des assureurs alternatifs était anecdotique, aux alentours de 5 % en 2010.
Ce déséquilibre a fini par attirer l'attention du législateur.
Ce que dit l'article L.313-30 du Code de la consommation
La loi Lagarde a introduit l'article L.313-30 dans le Code de la consommation. Son principe est simple : l'emprunteur peut choisir librement son assurance au moment de la souscription du crédit immobilier.
La banque doit accepter tout contrat d'assurance présenté par l'emprunteur, à une seule condition : les garanties proposées doivent être équivalentes à celles que la banque exige.
L'article L.313-25 du Code de la consommation complète ce dispositif. Il interdit expressément à la banque de conditionner l'octroi du crédit à la souscription d'un contrat d'assurance spécifique. Autrement dit : la banque ne peut pas modifier son taux d'intérêt parce que vous refusez son assurance. C'est illégal depuis 2010.
Deux protections en un texte :
L.313-30 : vous pouvez choisir votre assureur
L.313-25 : la banque ne peut pas vous pénaliser pour ce choix
La délégation d'assurance emprunteur mode d'emploi complet détaille toutes les étapes pratiques pour mettre ce droit en oeuvre dès la souscription.
La fiche standardisée d'information : le passeport de la délégation
La loi Lagarde ne dit pas "choisissez ce que vous voulez". Elle dit "choisissez un contrat équivalent". Pour savoir ce qu'est un contrat équivalent, elle a créé un outil : la fiche standardisée d'information (FSI).
La banque remet cette fiche avant toute offre de crédit. Elle liste les critères minimaux que votre assurance doit couvrir. Depuis l'ordonnance CCSF de 2015, la FSI est harmonisée : la banque ne peut retenir que 11 critères maximum pour les garanties décès et invalidité, et 4 pour la perte d'emploi.
C'est sur la base de cette fiche que vous présentez votre contrat alternatif. C'est sur la base de cette fiche que la banque évalue si vos garanties sont équivalentes. Et c'est sur cette base que la banque doit motiver un éventuel refus.
Le mécanisme est précis. La banque ne peut pas inventer de nouveaux critères en cours de route. Elle ne peut pas demander une couverture supérieure à ce que la FSI stipule. Tout refus non motivé par un critère de la FSI est illégal.
Service-public.fr précise cette obligation de la banque de définir les critères de garanties via la fiche standardisée d'information avant de vous proposer son contrat groupe.
Ce que ça change concrètement : l'exemple de Thomas, 38 ans
Thomas est cadre, non-fumeur, 38 ans. Il emprunte 250 000 euros sur 20 ans à sa banque. La banque lui propose son contrat groupe au taux de 0,36 % du capital initial, soit environ 90 euros par mois.
Avec la loi Lagarde, Thomas peut présenter un contrat d'assurance individuelle. Son profil sain lui donne accès à des taux entre 0,11 et 0,15 % du capital restant dû. Sa prime mensuelle tombe à 28-38 euros.
La différence : entre 52 et 62 euros par mois. Sur 20 ans, c'est entre 12 480 et 14 880 euros d'économie nette.
Thomas ne fait rien d'illégal. Il n'abuse pas d'une faille. Il exerce un droit que la loi lui reconnaît depuis 2010.
Selon le baromètre APCADE/April 2025, 92 % des emprunteurs qui ont changé d'assurance ont économisé. 43 % d'entre eux ont économisé plus de 5 000 euros. 15 % ont économisé plus de 10 000 euros.
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Les limites de la loi Lagarde : ce qu'elle ne permettait pas encore
La loi Lagarde de 2010 était une première étape. Importante, mais incomplète.
Elle permettait de choisir son assurance au moment de la souscription du crédit. Elle ne permettait pas de changer d'assurance après la signature. Si vous signiez avec le contrat de votre banque, vous étiez lié pour toute la durée du prêt.
Cette limite a été comblée progressivement par trois textes successifs.
La loi Hamon en 2014 a ouvert la résiliation durant la première année du crédit. Un emprunteur pouvait désormais souscrire le contrat de sa banque pour signer le prêt, puis changer d'assureur dans les 12 mois.
La loi Bourquin en 2018 a étendu ce droit à chaque date anniversaire du contrat. Plus une seule fenêtre d'un an, mais une fenêtre annuelle permanente.
La loi Lemoine en 2022 a mis fin à toute contrainte temporelle. Résiliation à tout moment, sans préavis minimal. Elle a aussi supprimé le questionnaire médical pour les prêts inférieurs à 200 000 euros remboursés avant 60 ans.
L'évolution complète de ces droits est détaillée dans l'article De la loi Lagarde à la loi Lemoine : 15 ans de révolution dans votre assurance emprunteur.
Avant / après Lagarde : le tableau de comparaison
Situation | Avant la loi Lagarde (avant juillet 2010) | Après la loi Lagarde (depuis juillet 2010) |
|---|---|---|
Choix de l'assureur | Aucun : contrat groupe bancaire imposé | Libre choix dès la souscription |
Lien taux crédit / assurance | Pratique courante et légale | Interdite (art. L.313-25 Code conso) |
Délégation pendant le prêt | Impossible sans accord de la banque | Ouvert (étendu par Hamon 2014, Lemoine 2022) |
Critères d'équivalence | Définis discrétionnairement par chaque banque | Harmonisés par la CCSF (11 + 4 critères max) |
Refus de délégation | Aucun recours | Recours ACPR, DGCCRF, médiateur bancaire |
Part de marché délégation | ~5 % | 19 % fin 2025 (en progression) |
Délai de réponse de la banque | Aucune obligation légale | 10 jours ouvrés (L.313-30) |
Ce que le délai de 10 jours signifie pour vous
L.313-30 impose à la banque de répondre à toute demande de délégation dans un délai de 10 jours ouvrés. Ce délai court à partir du moment où vous remettez un dossier complet.
Un refus doit être motivé par écrit. La banque doit citer les critères de la FSI non satisfaits. Elle ne peut pas opposer un refus verbal, un refus implicite, ou un délai prolongé sans réponse.
38 % des banques dépassent ce délai selon le baromètre APCADE 2025. La DGCCRF a sanctionné quatre établissements en octobre 2025 pour un total de 700 000 euros d'amendes. Le non-respect du délai légal expose désormais à des sanctions réelles.
Si votre banque dépasse les 10 jours ouvrés ou refuse sans motivation écrite, vous disposez de recours : médiation bancaire, saisine de l'ACPR, signalement à la DGCCRF. Ces recours sont gratuits et accessibles à tout emprunteur.
Pourquoi seulement 19 % d'emprunteurs exercent ce droit
La loi existe depuis 2010. Pourtant, 81 % des emprunteurs paient toujours le contrat de leur banque.
Plusieurs raisons expliquent cet écart. La méconnaissance du droit : beaucoup d'emprunteurs ignorent que la délégation est légalement possible. La pression commerciale : la banque présente rarement d'elle-même l'option délégation. La complexité perçue : rassembler un dossier équivalent paraît fastidieux. La peur de compromettre l'accord de prêt : un réflexe compréhensible mais infondé depuis L.313-25.
Une étude récente de Que Choisir estimait que les marges bancaires sur l'assurance emprunteur atteignent environ 70 %. Ce niveau de marge n'est soutenable que si la majorité des clients ne comparent pas. La loi Lagarde a ouvert une porte. C'est à l'emprunteur de la pousser.
Le ROI de la délégation est documenté dans l'article ROI de la délégation d'assurance emprunteur : en combien de mois c'est rentable ?.
Pour aller plus loin
Avant 2010 : comment les banques imposaient leur assurance emprunteur
Clause d'équivalence de garanties : le mécanisme clé de la délégation
Refus de délégation par la banque : motifs légaux et recours
Le délai de 10 jours de la banque : règles et recours si dépassé
Après Lagarde : ce que Hamon, Bourquin et Lemoine ont ajouté
Délégation d'assurance : 12 questions juridiques auxquelles on répond
FAQ
La loi Lagarde m'oblige-t-elle à changer d'assurance ?
Non. La loi Lagarde vous donne un droit, pas une obligation. Vous pouvez choisir de rester avec le contrat de votre banque. La loi garantit simplement que vous avez la liberté de faire autrement si vous le souhaitez.
La banque peut-elle me refuser la délégation ?
Oui, mais seulement si votre contrat ne couvre pas les critères listés dans la fiche standardisée d'information. Un refus pour un motif autre que la non-équivalence des garanties est illégal. Tout refus doit être écrit et motivé point par point.
La loi Lagarde s'applique-t-elle aux prêts en cours ?
La loi Lagarde de 2010 concernait la souscription initiale. La résiliation en cours de prêt a été introduite par les lois Hamon (2014), Bourquin (2018) et Lemoine (2022). Depuis la loi Lemoine, tout emprunteur peut changer d'assurance à tout moment, quel que soit l'âge de son prêt.
La banque peut-elle augmenter mon taux d'intérêt si je refuse son assurance ?
Non. L'article L.313-25 du Code de la consommation l'interdit expressément depuis 2010. Si votre banque menace de modifier vos conditions de crédit en réponse à une demande de délégation, c'est une infraction susceptible d'être signalée à la DGCCRF.
Combien de temps la banque a-t-elle pour répondre à ma demande ?
10 jours ouvrés à partir du dépôt d'un dossier complet. Au-delà, le défaut de réponse est considéré comme un refus implicite et expose la banque à des sanctions. Vous pouvez saisir le médiateur bancaire ou l'ACPR en cas de dépassement.
Pourquoi la loi Lagarde n'a-t-elle pas suffi à libérer le marché ?
La loi Lagarde n'ouvrait que la souscription initiale. Changer d'assurance après signature était impossible jusqu'en 2014. Le marché de la délégation n'a vraiment décollé qu'avec la loi Lemoine (2022), qui a supprimé toute contrainte temporelle. La part de marché des assureurs alternatifs est passée de 5 % en 2010 à 19 % fin 2025 : la progression est réelle, mais lente.

