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Tarification et coûts
Fumeur ou antécédents médicaux : groupe vs délégation, quand l'écart change
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En bref : Le groupe bancaire ne tient pas compte des risques individuels : un fumeur y paie le même taux qu'un non-fumeur. La délégation applique une surprime tabac de +50 à 75 %. Pour un fumeur de 35 ans, la délégation reste souvent avantageuse, mais l'écart se réduit. Pour des pathologies sérieuses, le groupe peut devenir la meilleure option disponible.
La délégation est presque toujours moins chère. Presque.
Pour certains profils, les surprimes en délégation réduisent l'avantage. Pour d'autres, elles l'annulent. Ce guide examine ces cas sans détour.
Pourquoi le groupe est "aveugle" aux risques individuels
L'assurance groupe repose sur la mutualisation. Tous les emprunteurs d'une banque partagent un même pool de risques. Le taux est identique pour tous les profils de même tranche d'âge, quelle que soit leur santé, leur poids ou leur statut tabagique.
Un fumeur de 35 ans paie le même taux groupe qu'un triathlète de 35 ans. C'est la logique de la solidarité.
La délégation fait exactement l'inverse. Elle tarifie au profil réel. Un profil favorable obtient un tarif très bas. Un profil à risque paie une surprime.
Pour les emprunteurs sains, la délégation est systématiquement avantageuse. Pour les profils avec facteurs de risque, l'analyse doit être plus fine.
Le fumeur de 35 ans : délégation encore avantageuse, mais moins qu'on ne croit
Prenons Théo, 35 ans, fumeur (plus de 10 cigarettes/jour), bonne santé par ailleurs, IMC normal.
Groupe : 0,36 % (taux standard, pas de majoration pour fumeur)
200 000 € / 20 ans : 14 400 €
Délégation : taux de base 0,13 % + surprime tabac +60 % = 0,21 %
200 000 € / 20 ans : 8 400 €
Économie : 6 000 €. Moins que les 9 200 € d'un non-fumeur identique, mais la délégation reste largement avantageuse.
La surprime tabac varie de +40 % à +80 % selon les assureurs délégués. Certains sont plus sévères que d'autres. Demandez plusieurs devis.
Et si Théo arrête de fumer ? Après 24 mois sans tabac, il peut être reclassé non-fumeur dans la plupart des contrats délégation. L'économie rejoint alors les niveaux d'un profil sain.
La cigarette électronique : même surprime que le tabac
Un point souvent mal compris. La plupart des assureurs délégués appliquent la même surprime tabac aux vapoteurs (cigarette électronique). La question des questionnaires de santé porte sur toute consommation de nicotine, pas seulement la cigarette.
En groupe, aucune majoration non plus pour les vapoteurs. La même logique s'applique : l'écart avec le groupe est réduit par rapport à un non-fumeur, mais la délégation reste généralement moins chère.
Hypertension artérielle légère : l'analyse cas par cas
L'hypertension artérielle traitée et bien contrôlée est l'un des antécédents les plus fréquents chez les emprunteurs de 40-55 ans. Son traitement en délégation varie énormément selon les assureurs.
HTA bien contrôlée (PA < 140/90 sous traitement) :
Beaucoup d'assureurs délégués l'acceptent sans surprime ou avec une majoration modérée (+10 à +25 %). L'avantage délégation reste intact dans la plupart des cas.
HTA mal contrôlée ou associée à d'autres facteurs :
La surprime monte. Elle peut atteindre +50 à +100 %. L'avantage délégation se réduit.
Exemple : Isabelle, 47 ans, HTA traitée contrôlée, non-fumeuse.
Groupe : 0,50 % / 200 000 € / 20 ans = 20 000 €
Délégation avec majoration HTA +20 % sur base 0,26 % : 0,31 % = 12 400 €
Économie : 7 600 €
L'avantage délégation est réduit par rapport à un profil sain (10 000 €), mais il reste très significatif.
IMC élevé (surpoids, obésité) : le seuil de basculement
L'IMC est évalué systématiquement dans les questionnaires de santé en délégation. Les seuils diffèrent selon les assureurs.
IMC | Traitement habituel en délégation |
|---|---|
Moins de 26 | Pas de majoration |
26-30 | Variable : souvent aucune surprime |
30-33 | Majoration légère à modérée (+10 à +30 %) |
33-36 | Majoration notable (+30 à +60 %) |
Au-dessus de 36 | Surprime forte ou refus possible |
En groupe, l'IMC ne génère aucune majoration. C'est un avantage concret pour les profils avec surcharge pondérale importante.
Exemple : Xavier, 40 ans, IMC 34, non-fumeur.
Groupe : 0,40 % / 200 000 € / 20 ans = 16 000 €
Délégation avec surprime IMC +40 % sur base 0,20 % : 0,28 % = 11 200 €
Économie : 4 800 €
La délégation reste avantageuse. Mais l'écart est inférieur à celui d'un profil de même âge sans surcharge pondérale (qui économiserait ~9 000 €).
Diabète type 2 équilibré : l'analyse à conduire
Le diabète de type 2 est une pathologie chronique. Son traitement en délégation dépend de l'équilibre glycémique et de la présence de complications.
Diabète équilibré (HbA1c < 7 %), sans complication :
Certains assureurs délégués l'acceptent avec une surprime de +30 à +60 %. L'avantage délégation peut subsister, notamment pour les jeunes emprunteurs.
Diabète mal équilibré ou avec complications :
La surprime peut dépasser +100 %, ou le risque peut être refusé en délégation. Dans ce cas, le groupe devient la meilleure option accessible.
La convention AERAS offre un troisième recours pour les cas difficiles. Son niveau 3 permet un examen par un pool de réassureurs pour des montants jusqu'à 420 000 € et une fin de remboursement avant 71 ans.
Service-public.fr explique le fonctionnement de la convention AERAS pour les personnes présentant un risque aggravé de santé.
Les pathologies sérieuses : quand le groupe gagne
Pour certains profils, la délégation devient peu compétitive :
Cancer en rémission récente (moins de 5 ans) : surprimes très élevées ou refus fréquents. Le groupe reste accessible sans discrimination. La convention AERAS offre un cadre de protection.
Pathologie cardiaque sérieuse : surprimes importantes, exclusions possibles sur la garantie décès. Le groupe, qui n'exclut pas selon la santé, peut être préférable.
Maladies chroniques lourdes (sclérose en plaques, BPCO sévère) : les assureurs délégués appliquent des exclusions ou des surprimes très élevées. Le groupe mutualise sans exclusion individuelle.
Dans ces situations, trois options existent :
Rester dans le groupe (accessible, sans discrimination individuelle)
Utiliser la convention AERAS pour accéder à un contrat délégation aménagé
Faire appel à un courtier spécialisé en risques aggravés (Utwin, Ymanci, Magnolia)
La démarche recommandée pour un profil à risque
Ne partez pas du principe que la délégation est inaccessible ou trop chère. Testez d'abord.
Demandez deux ou trois devis délégation. Les barèmes varient selon les assureurs.
Comparez le coût total délégation avec votre coût résiduel groupe.
Si l'économie dépasse 3 000 €, les démarches valent l'effort.
Si la délégation est refusée ou trop chère, la convention AERAS est le recours légal.
L'article méthode en 4 étapes détaille comment calculer et comparer.
Et si vous voulez comparer directement pour votre profil, le simulateur Kidonk prend en compte les profils à risque.
Pour aller plus loin
FAQ
Un fumeur a-t-il intérêt à passer en délégation ?
Dans la grande majorité des cas, oui. La surprime tabac en délégation est de +40 à +75 %, mais le taux de base délégation reste inférieur au taux groupe non-majoré. Un fumeur de 35 ans économise souvent 5 000 à 7 000 € sur 20 ans en passant en délégation. Demandez un devis pour votre profil exact.
L'hypertension artérielle traitée implique-t-elle toujours une surprime en délégation ?
Non. Une HTA bien contrôlée sous traitement est acceptée sans surprime ou avec une majoration faible (+10 à +25 %) par beaucoup d'assureurs délégués. Tout dépend de l'assureur et de l'équilibre tensionnel. Testez plusieurs devis avant de conclure.
Quand le groupe est-il vraiment préférable à la délégation pour un profil à risque ?
Quand les surprimes délégation dépassent l'avantage tarifaire de base, ou quand la délégation refuse le risque. C'est le cas pour les pathologies sérieuses (cancer récent, cardiopathie, maladie chronique lourde). La convention AERAS est alors le recours intermédiaire.
La convention AERAS permet-elle d'obtenir une délégation avec un profil à risque élevé ?
Oui, sous conditions. Elle prévoit trois niveaux d'examen. Le niveau 3 (pool de réassureurs) accepte des montants jusqu'à 420 000 € avec une fin de remboursement avant 71 ans. La surprime est plafonnée à 1,4 point dans le TEG pour les revenus sous 1 PASS.

