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PTIA et co-emprunteurs : comment choisir vos quotités pour protéger votre conjoint
15 févr. 2026
Il y a une décision que la plupart des couples expédient en moins de deux minutes lors de la signature de leur crédit immobilier. Une décision que le conseiller bancaire présente souvent comme une formalité, voire comme une évidence. Et pourtant, mal calibrée, elle peut laisser un conjoint survivant avec la moitié d'une dette sur les bras au pire moment de sa vie.
Cette décision, c'est le choix de la quotité d'assurance.
50/50, 70/30, 100/100 : derrière ces chiffres se cache une réalité simple et brutale. En cas de PTIA ou de décès, l'assureur ne rembourse que la part du prêt correspondant à la quotité assurée sur la tête de la personne touchée. Pas un euro de plus.
Comprendre ce mécanisme, le calibrer à votre situation réelle, et anticiper les déséquilibres potentiels : c'est l'objet de cet article.
Qu'est-ce qu'une quotité d'assurance emprunteur ?
La quotité, c'est la fraction du capital emprunté que chaque co-emprunteur assure sur sa propre tête.
Quand vous empruntez à deux, la banque exige que l'ensemble du prêt soit couvert à 100 % minimum. Comment vous répartissez cette couverture entre vous deux, c'est précisément la question de la quotité.
Trois configurations de base existent.
La quotité 50/50. Chaque co-emprunteur couvre 50 % du capital. C'est la répartition la plus courante, souvent proposée par défaut par les banques parce qu'elle minimise le coût total de l'assurance. En cas de PTIA ou de décès sur l'un des deux, l'assureur rembourse 50 % du capital restant dû. L'autre co-emprunteur doit continuer à rembourser sa moitié.
La quotité déséquilibrée (70/30, 60/40, 80/20). La couverture est répartie de façon inégale, généralement pour refléter un déséquilibre de revenus entre les deux co-emprunteurs. Le co-emprunteur qui gagne davantage est assuré sur une quotité plus élevée, car son décès ou sa PTIA aurait un impact financier plus lourd sur le foyer.
La quotité 100/100. Chaque co-emprunteur couvre la totalité du capital sur sa propre tête. En cas de sinistre sur l'un des deux, l'assureur rembourse l'intégralité du capital restant dû. L'autre co-emprunteur se retrouve libéré de toute dette. C'est la protection maximale, mais aussi la plus coûteuse : la prime est doublée par rapport à un 50/50.
La convention AERAS précise que le mécanisme d'écrêtement des surprimes s'applique sur la part assurée jusqu'à 420 000 euros d'encours cumulé pour les emprunteurs présentant un risque aggravé de santé. La quotité choisie influe donc directement sur le plafond couvert dans ce cadre.
Comment la PTIA fonctionne-t-elle à deux ?
Principe fondamental : quand la PTIA frappe, l'assureur ne rembourse que la part du capital correspondant à la quotité assurée sur la tête de la personne en PTIA.
Ce n'est pas intuitif. Beaucoup de couples croient qu'en cas de sinistre grave sur l'un des deux, l'ensemble du prêt sera soldé. C'est vrai uniquement si la quotité est à 100 % sur la tête concernée.
Prenons un exemple chiffré pour rendre les choses concrètes.
Prêt de 300 000 euros, capital restant dû de 220 000 euros, quotité 50/50.
Marie est reconnue en PTIA. Son quotité est de 50 %. L'assureur rembourse 110 000 euros à la banque. Thomas, son conjoint, doit continuer à rembourser les 110 000 euros restants seul, avec un seul revenu, alors que Marie ne peut plus travailler et nécessite une aide quotidienne.
Même situation, quotité 70/30 avec Marie à 70 %.
L'assureur rembourse 154 000 euros. Thomas doit rembourser 66 000 euros restants. Situation nettement plus gérable.
Même situation, quotité 100/100.
L'assureur rembourse l'intégralité des 220 000 euros. Thomas est libéré de toute dette bancaire. Il peut consacrer ses ressources à la prise en charge de Marie et à la vie quotidienne du foyer.
La différence entre ces trois scénarios n'est pas anecdotique. Elle peut déterminer si une famille garde ou perd son logement après un sinistre.
Pour comprendre l'ensemble du mécanisme d'indemnisation PTIA et la procédure de reconnaissance, notre article Quand l'assurance emprunteur reconnaît-elle la PTIA ? détaille chaque étape.
Couples de 45-70 ans : quelles stratégies de quotités ?
Il n'existe pas de quotité universellement optimale. Elle dépend de votre configuration familiale, de vos revenus respectifs, de votre état de santé, et de la durée restante de votre prêt.
Voici les configurations les plus fréquentes pour les couples de 45 à 70 ans, avec les stratégies associées.
Configuration 1 : revenus équilibrés, bonne santé des deux côtés
C'est la situation la plus confortable. Les deux co-emprunteurs ont des revenus proches, et aucun antécédent médical lourd. La tentation est d'opter pour un 50/50 pour minimiser la prime.
Mais même dans ce cas, un 50/50 laisse chaque conjoint avec une dette significative en cas de sinistre sur l'autre. Si votre budget le permet, un 70/70 ou un 100/100 offre une protection nettement supérieure pour un surcoût modeste à l'échelle de la durée du prêt.
Calcul rapide à faire : combien coûte la différence de prime annuelle entre un 50/50 et un 100/100 ? Sur 15 ans, ce différentiel est souvent inférieur au coût d'un seul mois de remboursement. Mis en perspective avec la protection qu'il offre, le 100/100 est souvent le choix le plus rationnel.
Configuration 2 : un revenu principal et un revenu complémentaire
C'est la configuration la plus répandue dans les couples de 45-70 ans. L'un des deux gagne significativement plus que l'autre, parfois du simple au double ou davantage.
Dans ce cas, la quotité doit refléter l'asymétrie des revenus. Si Monsieur gagne 4 500 euros nets par mois et Madame 1 800 euros, la PTIA de Monsieur aurait un impact financier bien plus lourd sur le foyer que celle de Madame. Assurer Monsieur à 80 ou 100 % et Madame à 50 ou 60 % est une stratégie cohérente.
Attention au raisonnement inverse : certains couples assurent davantage le co-emprunteur aux revenus modestes, estimant que c'est lui qui aurait le plus de difficulté à rembourser seul. C'est une logique recevable, mais elle ne protège pas le foyer contre le sinistre le plus probable financièrement, qui est celui du revenu principal.
Configuration 3 : l'un des deux présente un risque de santé aggravé
C'est une situation fréquente après 55 ans. L'un des co-emprunteurs a un antécédent cardiaque, un diabète traité, un cancer en rémission. Son profil médical entraîne soit une surprime sur sa quotité, soit une exclusion partielle de garantie, soit dans les cas extrêmes un refus de couverture sur sa tête.
La stratégie dans ce cas est contre-intuitive : elle consiste souvent à augmenter la quotité sur la tête du co-emprunteur en meilleure santé, plutôt que de chercher à couvrir coûte que coûte le profil à risque. Un 80 % sur le conjoint sain et 50 % sur le conjoint à risque peut s'avérer plus protecteur et moins coûteux qu'un 70/70 avec surprime sur les deux.
La convention AERAS offre un cadre pour les profils à risque aggravé, avec un examen à trois niveaux et un mécanisme d'écrêtement des surprimes. Mais elle ne garantit pas la couverture. Si la PTIA est refusée sur le co-emprunteur à risque, concentrer la couverture sur l'autre est souvent la seule solution pragmatique.
Pour les stratégies spécifiques aux emprunteurs seniors face aux refus de PTIA, notre article PTIA après 60 ans : limites, refus et solutions développe les options concrètes.
Configuration 4 : prêt tardif, durée longue, écart d'âge significatif
Un couple où l'un a 62 ans et l'autre 54 ans, empruntant sur 15 ans, présente un profil particulier. Le co-emprunteur le plus âgé approche de la limite d'âge des garanties bien avant la fin du prêt. Il est crucial dans ce cas de vérifier quelle est la limite d'âge PTIA pour chaque tête dans le contrat proposé, et d'adapter la quotité en conséquence.
Si la couverture PTIA du co-emprunteur de 62 ans expire à 70 ans, il ne sera couvert que 8 ans sur 15. Sur les 7 années restantes, la protection repose entièrement sur la quotité assurée du co-emprunteur plus jeune. Autant s'assurer que cette quotité est suffisante.
L'impact du choix de quotité sur le coût total de l'assurance
La quotité a un impact direct sur la prime mensuelle. C'est souvent l'argument massue utilisé par les banques pour orienter les couples vers le 50/50 : "C'est la formule la moins chère."
C'est vrai. Mais le coût d'une assurance ne se mesure pas à la prime mensuelle. Il se mesure à la protection réelle qu'elle offre, rapportée à son coût total sur la durée du prêt.
Exemple chiffré. Prêt de 250 000 euros sur 20 ans. Couple de 52 et 49 ans, sans antécédent médical particulier.
En 50/50, la prime mensuelle totale est de 80 euros environ. Sur 20 ans : 19 200 euros.
En 100/100, la prime mensuelle totale est de 140 euros environ. Sur 20 ans : 33 600 euros.
Différence : 14 400 euros sur 20 ans, soit 720 euros par an, soit 60 euros par mois.
Pour 60 euros de plus par mois, chaque co-emprunteur bénéficie d'une protection intégrale en cas de sinistre. Le prêt est soldé en totalité si l'un des deux est en PTIA ou décède. Le foyer est protégé. Pour beaucoup de couples, ce calcul justifie largement le surcoût.
Ces chiffres sont indicatifs et varient selon l'âge, l'état de santé, et le montant du prêt. Mais l'ordre de grandeur est représentatif. Un courtier peut produire une simulation personnalisée en quelques heures.
Depuis la loi Lemoine du 28 février 2022, vous pouvez changer d'assurance emprunteur à tout moment. Si vous avez souscrit un 50/50 il y a plusieurs années et que votre situation a évolué (naissance d'un enfant, évolution des revenus, modification du patrimoine), rien ne vous empêche de revoir votre quotité en changeant de contrat.
Témoignages et cas pratiques
Cas 1 : la protection qui a tout changé
Nathalie et Éric, 57 et 61 ans, ont souscrit leur prêt à 100/100 sur les conseils d'un courtier, malgré la réticence initiale d'Éric devant le surcoût. "Ça fait 60 euros de plus par mois. Si quelque chose arrive, on ne perd pas la maison."
Trois ans plus tard, Éric est victime d'un accident vasculaire cérébral sévère. PTIA reconnue six mois après l'accident. L'assureur rembourse l'intégralité du capital restant dû : 187 000 euros. Nathalie se retrouve propriétaire de leur résidence principale sans dette. Elle peut consacrer l'intégralité de sa retraite à la prise en charge d'Éric et à sa propre vie.
"Sans le 100/100, j'aurais dû continuer à rembourser 93 500 euros seule. Je n'aurais pas pu. On aurait vendu."
Cas 2 : la quotité déséquilibrée qui a fragilisé un foyer
Sandra et Marc, 54 et 58 ans, avaient opté pour un 30/70 : Marc, revenu principal, assuré à 70 %, Sandra à 30 %. Logique financière apparente.
Sandra est diagnostiquée avec une sclérose en plaques progressive à 56 ans. Deux ans plus tard, PTIA reconnue. L'assureur rembourse 30 % du capital restant dû : 54 000 euros sur 180 000 restants. Marc doit continuer à rembourser 126 000 euros seul, tout en finançant la prise en charge de Sandra.
"On avait optimisé la prime. On aurait dû optimiser la protection. Ce n'est pas pareil."
Ce deuxième cas illustre un biais fréquent : assurer davantage le revenu principal sans évaluer le risque médical de chaque co-emprunteur. Sandra, plus jeune, semblait moins exposée. Mais le risque médical ne suit pas les revenus.
Pour comprendre les situations concrètes qui conduisent à la PTIA et celles qui sont refusées, notre article PTIA : situations prises en charge et cas de refus donne une vue d'ensemble avec un tableau comparatif.
Cas 3 : le profil à risque bien géré
Hélène et Pierre, 59 et 63 ans. Pierre a un antécédent d'infarctus du myocarde il y a 5 ans. Son profil génère une surprime de 120 % sur la PTIA et une exclusion de la garantie ITT.
Stratégie adoptée sur conseil d'un courtier : Hélène est assurée à 100 % sur toutes les garanties. Pierre est assuré à 50 % uniquement sur la garantie décès, sans PTIA (refusée par l'assureur). La quotité totale est de 150 %.
En cas de PTIA d'Hélène, le prêt est soldé intégralement. En cas de décès de Pierre, 50 % du capital restant dû est remboursé. Ce n'est pas la configuration idéale, mais c'est la meilleure protection accessible compte tenu du profil médical de Pierre. Et elle a été calibrée consciemment, pas subie.


