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Refus assurance groupe santé aggravée : pourquoi la banque dit non (et vos recours réels)

Un refus d'assurance groupe pour raison médicale n'est pas une sentence définitive. C'est un point de départ. Quatre recours s'ouvrent à vous, dans un ordre précis, et les ignorer peut vous coûter votre projet immobilier.
Mais avant de parler de recours, il faut comprendre ce que la banque refuse vraiment. Parce que la plupart des emprunteurs ne reçoivent pas de refus explicite. Ils reçoivent une acceptation conditionnée par des exclusions qu'ils n'ont pas lues.
Quand l'assurance groupe exige un questionnaire médical
Le questionnaire médical simplifié est la règle en assurance groupe. Mais il ne s'applique pas à tous les cas.
Depuis la loi Lemoine de 2022, deux conditions cumul permettent de s'en passer : encours assuré inférieur à 200 000 € et remboursement intégral avant le 60e anniversaire de l'emprunteur. En dehors de ces deux conditions, un questionnaire de santé est obligatoire, même dans un contrat groupe bancaire.
C'est là que les problèmes commencent.
Un questionnaire complet aborde les antécédents médicaux des 5 à 10 dernières années selon les assureurs : hospitalisations, traitements chroniques, arrêts de travail de plus de 21 jours, pathologies cardio-vasculaires, oncologiques, psychiatriques. À partir de ces réponses, la filiale assurance de la banque prend l'une de ces décisions :
Acceptation sans réserve
Acceptation avec surprime (majoration du taux de base)
Acceptation avec exclusion de garantie sur une pathologie spécifique
Refus total
Les deux premières décisions sont claires. Les deux dernières méritent d'être scrutées de près.
Les 5 pathologies qui concentrent les difficultés
Certaines pathologies génèrent systématiquement des décisions défavorables dans les contrats groupe. Pas parce que les assureurs sont arbitraires, mais parce que leurs tables actuarielles intègrent des statistiques de risque long terme.
Pathologie | Réaction typique assurance groupe | Délai de normalisation |
|---|---|---|
Infarctus ou AVC récent (moins de 2 ans) | Refus ou surprime importante + exclusion cardio-vasculaire | 2 à 5 ans selon protocole |
Diabète type 1 | Surprime significative, exclusion complications | Rarement levée |
Diabète type 2 équilibré | Acceptation avec exclusion complication ou surprime modérée | Possible révision à 5 ans |
Cancer en rémission | Refus pendant traitement, droit à l'oubli à 5 ans de rémission | 5 ans post-rémission (Lemoine) |
Dépression ou burn-out traité | Exclusion de l'ITT d'origine psychiatrique | 2 à 3 ans sans rechute |
Obésité (IMC > 32) | Surprime, parfois exclusion ITT si comorbidités | Selon évolution BMI |
Ces délais et réactions varient selon les contrats et les filiales bancaires. Les informations ci-dessus reflètent les pratiques courantes du marché en 2025-2026.
Chaque assureur a ses propres barèmes. Deux emprunteurs avec le même profil médical peuvent recevoir des réponses différentes selon leur banque.
Le cas de Sophie, 46 ans, antécédent cancer du sein
Sophie a été traitée pour un cancer du sein en 2019. Rémission complète confirmée en 2020. Elle emprunte 190 000 € en 2026 sur 20 ans. Son prêt sera remboursé à ses 66 ans.
Elle remplit un questionnaire de santé, l'encours dépasse 200 000 € incluant les intérêts sur la durée, et la fin de prêt dépasse 60 ans. Elle mentionne son antécédent.
La filiale assurance refuse. Elle invoque "un risque aggravé de santé incompatible avec les conditions générales du contrat groupe".
Sophie a 4 recours. Dans l'ordre.
La différence cruciale : refus explicite vs acceptation avec exclusion
Beaucoup d'emprunteurs passent entre les mailles du questionnaire simplifié. Leur encours est inférieur à 200 000 €, ou leur prêt se termine avant leurs 60 ans. Le contrat groupe les accepte sans questionnaire.
Mais les conditions générales de leur contrat groupe contiennent une clause standard. Elle figure souvent sous l'intitulé "exclusions générales" ou "affections antérieures". Elle dit, en substance, que la garantie ITT ou IPT ne s'applique pas si l'arrêt de travail est consécutif à une pathologie connue avant la souscription.
Un emprunteur avec une lombalgie chronique est accepté. Mais si son arrêt de travail à 2 ans du début du prêt est causé par cette lombalgie, la garantie ne joue pas.
C'est une acceptation avec exclusion silencieuse. Personne ne la lui a expliquée. Elle est légale. Et elle peut représenter des dizaines de milliers d'euros de crédit non remboursé par l'assurance.
Le refus explicite est plus simple à traiter. Il est documenté. Il ouvre des droits précis.
L'acceptation avec exclusion cachée est plus dangereuse. Elle ne se révèle qu'au moment du sinistre.
Si vous avez un dossier médical chargé, comparez les offres qui mentionnent explicitement votre pathologie : simulateur Kidonk
Les 4 recours, dans l'ordre
Recours 1 : Obtenir le refus par écrit et comprendre les motifs
Un assureur qui refuse ne peut pas se contenter d'un "non" verbal. La banque ou sa filiale doit vous remettre un document écrit précisant les motifs médicaux du refus.
Ce document est indispensable pour la suite. Sans lui, vous ne pouvez pas activer la convention AERAS. Vous ne pouvez pas comparer les offres alternatives. Vous ne pouvez pas contester.
Délai légal de réponse de la banque à une demande de délégation : 10 jours ouvrés. En 2025, 38 % des banques dépassent ce délai selon le baromètre APCADE. Si votre banque tarde, relancez par écrit (email avec accusé de réception). Ce courrier constitue une preuve en cas de litige ultérieur.
Recours 2 : Activer la convention AERAS
La convention AERAS (S'Assurer et Emprunter avec un Risque Aggravé de Santé) est un accord entre assureurs, banques et pouvoirs publics. Elle crée un circuit de traitement spécifique pour les emprunteurs dont le dossier est refusé en premier examen.
Elle fonctionne en 3 niveaux successifs :
Niveau 1 : L'assureur standard réexamine votre dossier avec des critères adaptés aux risques aggravés.
Niveau 2 : Si niveau 1 échoue, votre dossier est transmis à un pool d'assureurs spécialisés dans les risques aggravés.
Niveau 3 : Si niveaux 1 et 2 échouent, le dossier est examiné par un pool de réassurance, avec participation publique possible.
La convention prévoit également un mécanisme d'écrêtement : la surprime d'assurance ne peut pas dépasser 1,5 % du capital emprunté par an. Ce plafond limite le surcoût maximal acceptable.
AERAS ne garantit pas l'obtention d'un contrat. Mais elle structure un processus qui force les assureurs à examiner votre dossier sérieusement et à vous répondre formellement. L'article Convention AERAS : assurer votre crédit malgré un risque de santé grave détaille chaque niveau d'examen et les pathologies couvertes.
Recours 3 : La délégation individuelle auprès d'assureurs spécialisés
Certains assureurs individuels se sont positionnés sur les profils à risque. April, Swiss Life, Generali, Cardif, AXA proposent des contrats avec questionnaire médical renforcé — mais ils ont des barèmes actuariels différents de ceux des filiales bancaires.
Un profil refusé par Predica (filiale Crédit Agricole) peut être accepté par April avec une surprime modérée. La même pathologie, évaluée différemment.
La clé : ne pas comparer uniquement les taux. Vérifier les garanties incluses sur la pathologie concernée. Un contrat qui accepte votre diabète avec exclusion des complications diabétiques n'est pas meilleur que le contrat groupe. Il est équivalent.
Cherchez un contrat qui couvre explicitement votre pathologie, même avec une surprime. C'est ça, la vraie protection. L'article Délégation individuelle pour profil à risque détaille la méthode et les assureurs à contacter selon les pathologies.
Recours 4 : La médiation et les instances réglementaires
Si votre dossier a traversé les 3 premiers niveaux sans aboutir, deux instances peuvent intervenir.
Le médiateur de l'assurance : instance indépendante gratuite. Saisine par courrier ou en ligne sur www.mediation-assurance.org. Délai de traitement : 90 jours. La décision n'est pas juridiquement contraignante mais les assureurs la respectent dans 75 % des cas selon les statistiques de la médiation.
L'ACPR (Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution) : régulateur bancaire et assurance. Elle ne traite pas les litiges individuels, mais peut être saisie pour signaler des pratiques systématiques abusives. Elle a épinglé en mars 2025 le taux de refus de sinistres supérieur à 40 % chez un tiers des organismes.
La DGCCRF : en octobre 2025, elle a sanctionné 4 banques à hauteur de 700 000 € pour non-respect des délais Lemoine. Ces amendes montrent que le régulateur surveille les pratiques. Un signalement individuel peut nourrir une action collective.
Ce que vous ne devez pas faire
Quelques erreurs fréquentes qui compliquent la situation :
Ne pas déclarer un antécédent. La fausse déclaration est un motif de nullité du contrat. Si vous omettez une pathologie dans le questionnaire et qu'un sinistre survient, l'assureur peut refuser l'indemnisation et résilier le contrat. La sanction est pire que le refus initial.
Signer sans lire les conditions générales. L'acceptation avec exclusion est légale. Elle ne sera pas signalée en gros caractères sur votre offre de prêt. Cherchez la section "exclusions générales" et lisez-la avant de signer.
Renoncer au premier refus. Beaucoup d'emprunteurs abandonnent leur projet après un refus groupe. C'est prématuré. La convention AERAS et la délégation individuelle offrent des alternatives réelles, même pour des profils médicaux complexes.
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Assurance groupe : les 3 profils que le système pénalise systématiquement
Convention AERAS : assurer votre crédit malgré un risque de santé grave
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Délégation individuelle pour profil à risque : comment trouver mieux que le groupe
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FAQ
Pourquoi l'assurance groupe refuse-t-elle certains profils médicaux ?
Les filiales bancaires appliquent des tables actuarielles qui évaluent le risque de sinistre selon les antécédents médicaux. Certaines pathologies — cardio-vasculaires, oncologiques, psychiatriques — augmentent statistiquement la probabilité d'un arrêt de travail ou d'un décès prématuré. Quand le risque dépasse les seuils fixés par le contrat collectif, l'assureur refuse ou propose une couverture dégradée.
La banque est-elle obligée de motiver un refus d'assurance par écrit ?
Oui. En application de la loi Lagarde (2010) et des évolutions Lemoine (2022), l'établissement de crédit doit informer l'emprunteur par écrit des motifs de refus ou de la non-équivalence de garanties. Ce document déclenche vos droits de recours AERAS et ouvre la contestation formelle.
Quelle est la différence entre une surprime et une exclusion de garantie ?
Une surprime majore votre cotisation sans modifier la couverture. Vous payez plus cher mais vous êtes couvert sur tout. Une exclusion de garantie laisse votre cotisation inchangée mais exclut certaines situations du champ de l'indemnisation. L'exclusion est souvent plus risquée, même si elle est moins visible financièrement.
La convention AERAS garantit-elle l'obtention d'un contrat ?
Non. AERAS garantit un processus d'examen en 3 niveaux et un mécanisme d'écrêtement de la surprime. Elle ne contraint pas les assureurs à accepter tous les profils. Environ 10 à 15 % des emprunteurs présentant un risque aggravé de santé bénéficient de solutions via AERAS chaque année. Pour les refus persistants, la délégation individuelle spécialisée reste l'alternative.
Puis-je contester une exclusion de garantie après avoir signé mon contrat ?
Oui, mais le délai légal de recours en assurance est de 2 ans à compter de la survenance du litige (article L114-1 du Code des assurances). Si vous découvrez une exclusion lors d'un sinistre, vous pouvez contester la rédaction de la clause devant le médiateur de l'assurance ou le tribunal. Les clauses ambiguës sont interprétées en faveur de l'assuré (article L211-1 du Code des assurances).

