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Garanties fondamentales
PTIA : comprendre la couverture "perte d'autonomie" de votre crédit immobilier
9 févr. 2026
Personne ne signe un crédit immobilier en pensant à l'irréversible. Et pourtant, c'est exactement le scénario que couvre la PTIA, cette garantie que votre banque exige sans toujours vous l'expliquer vraiment.
Perte Totale et Irréversible d'Autonomie. Le nom dit presque tout, mais il masque des mécanismes précis, des critères stricts, et des conséquences concrètes sur votre prêt. Si vous avez signé ou projetez de signer un crédit immobilier, comprendre cette garantie n'est pas une option. C'est une nécessité.
Qu'est-ce que la PTIA dans une assurance emprunteur ?
La PTIA désigne une situation médicale très précise : vous êtes dans l'impossibilité totale et définitive d'exercer une quelconque activité professionnelle, et vous avez besoin d'une tierce personne pour accomplir au moins trois actes essentiels de la vie quotidienne. Se lever, se laver, s'habiller, se nourrir, se déplacer. Des gestes que la plupart d'entre nous effectuons sans y penser.
Ce niveau d'invalidité correspond à la catégorie 3 de la Sécurité sociale, la plus sévère, définie par l'Assurance Maladie comme une incapacité absolue d'exercer une activité professionnelle assortie d'une obligation de recourir à l'aide d'une tierce personne pour les actes ordinaires de la vie. Service-Public.fr précise que le médecin-conseil de la CPAM est seul habilité à déterminer cette catégorie après examen.
Dans le contrat d'assurance emprunteur, la PTIA se situe au sommet de l'échelle d'invalidité. Elle est systématiquement couplée à la garantie décès. Ce n'est pas un hasard : les deux représentent les risques les plus graves, ceux pour lesquels la banque veut une certitude de remboursement.
Et c'est là que tout se joue.
Pour aller plus loin sur les distinctions entre PTIA, invalidité partielle ou totale, et incapacité temporaire, consultez notre article dédié : PTIA, invalidité, incapacité, dépendance : les vraies différences.
Pourquoi la banque exige-t-elle la PTIA ?
Réponse courte : parce qu'elle prête de l'argent sur 20 ou 25 ans, et qu'elle veut être certaine d'être remboursée, quoi qu'il arrive.
La PTIA n'est pas imposée par la loi. Aucun texte législatif n'oblige un emprunteur à souscrire une assurance de prêt. Mais dans la pratique, aucune banque n'accordera un crédit immobilier sans elle. C'est une condition d'octroi déguisée en choix, systématiquement intégrée dans les contrats groupe proposés par les établissements prêteurs.
La logique est limpide : si vous êtes frappé par un AVC sévère à 53 ans, que vous ne pouvez plus travailler et que vous avez besoin d'aide pour vous lever le matin, qui remboursera les 200 000 euros restants sur votre prêt ? Sans la garantie PTIA, la réponse est brutale : vous, ou votre famille.
Depuis l'entrée en vigueur de la loi Lemoine du 28 février 2022, les emprunteurs peuvent résilier leur assurance à tout moment et en changer librement, à condition de respecter l'équivalence des garanties. Ce droit renforce votre pouvoir de négociation, mais ne modifie pas l'exigence fondamentale de la banque : la couverture décès-PTIA reste non négociable.
Comment fonctionne l'indemnisation en cas de PTIA ?
Quand la PTIA est reconnue, l'assureur prend en charge le capital restant dû sur votre prêt, ou les mensualités selon les termes du contrat. C'est ce qu'on appelle une indemnisation en capital, et son montant dépend directement de votre quotité assurée.
La quotité, c'est la part du prêt que vous avez couverte. Si vous empruntez seul à 100 %, l'assureur rembourse l'intégralité du capital restant. Si vous empruntez à deux avec une quotité à 50/50 et que vous êtes en PTIA, il prend en charge 50 % du capital restant : votre co-emprunteur devra continuer à rembourser sa part.
Exemple concret. Prêt de 300 000 euros, remboursé à hauteur de 100 000 euros, capital restant dû de 200 000 euros. Si la quotité assurée est de 100 % sur votre tête, l'assureur solde intégralement les 200 000 euros. Si elle est à 50 %, il rembourse 100 000 euros, et votre conjoint reste redevable de l'autre moitié.
La chronologie d'une indemnisation se déroule en trois temps : déclaration du sinistre par l'emprunteur ou sa famille, envoi des justificatifs médicaux et des attestations d'invalidité, puis expertise par le médecin-conseil de l'assureur. Une fois la PTIA reconnue, le remboursement du capital restant dû est effectué selon les modalités contractuelles. Comptez en général plusieurs semaines à quelques mois selon la complexité du dossier médical.
Pour comprendre précisément comment l'assureur reconnaît (ou non) la PTIA, les critères médicaux retenus et les points de friction fréquents, lisez notre article Quand l'assurance emprunteur reconnaît-elle la PTIA ? Critères et procédure.
Limites et exclusions fréquentes de la PTIA
La PTIA est une garantie puissante. Mais elle n'est pas universelle.
Les contrats d'assurance emprunteur prévoient des exclusions qui peuvent réduire, ou annuler, la prise en charge. Les plus courantes concernent les sports à risque (parachutisme, sports de combat, plongée profonde), les professions dangereuses, et les comportements fautifs comme la conduite sous l'emprise de l'alcool. Certains contrats excluent également des pathologies préexistantes non déclarées lors de la souscription.
L'âge joue aussi un rôle déterminant. Passé 60 ans, certaines garanties sont limitées dans le temps, et la PTIA peut être assortie de restrictions ou de surprimes significatives. Plus votre état de santé est dégradé au moment de la souscription, plus le risque de refus ou d'exclusion partielle est élevé.
Mais attention : refus ne signifie pas impasse. La convention AERAS ("S'Assurer et Emprunter avec un Risque Aggravé de Santé"), rénovée et signée en 2024, permet aux emprunteurs présentant un risque aggravé de santé d'accéder malgré tout à une couverture. Elle prévoit un examen de la demande à trois niveaux successifs et un mécanisme d'écrêtement des surprimes sous conditions de ressources.
Si vous avez plus de 60 ans ou un historique médical complexe, notre article PTIA après 60 ans : limites, refus et solutions vous guidera sur les stratégies concrètes à activer.
Et si vous empruntez en couple, les enjeux de quotités méritent une attention particulière : PTIA et co-emprunteurs : comment choisir vos quotités.
Témoignage : "Sans la PTIA, nous aurions perdu notre maison"
Marc a 54 ans quand il est victime d'un accident vasculaire cérébral sévère. Trois semaines après son hospitalisation, les médecins posent le diagnostic : séquelles permanentes, incapacité de reprendre une activité professionnelle, nécessité d'une aide quotidienne pour les gestes essentiels.
Sa femme, Isabelle, était co-empruntrice sur leur résidence principale. Capitale restant dû à ce moment : 187 000 euros. Quotité assurée sur la tête de Marc : 70 %.
Après déclaration de sinistre, expertise médicale par le médecin-conseil de l'assureur, et reconnaissance officielle de la PTIA six mois plus tard, l'assureur a remboursé 130 900 euros à la banque. Isabelle a dû continuer à rembourser sa part, soit 56 100 euros. Mais la maison n'a pas été vendue. La famille n'a pas été expulsée.
Ce cas illustre deux réalités simultanément. La PTIA peut sauver un foyer. Et une quotité mal calibrée peut laisser un conjoint en difficulté financière sérieuse.


