Fondamentaux
Tarification et coûts
Cardiopathie ischémique et assurance emprunteur : combien selon votre délai et votre FEVG
Publié le :

En bref : Après une cardiopathie ischémique, la surprime sur la garantie décès dépend de deux variables : le délai depuis l'épisode aigu et la fraction d'éjection ventriculaire gauche (FEVG). Un profil stabilisé depuis 4 ans avec FEVG normale peut obtenir une couverture avec +50 % à +150 % de surprime. Un infarctus de moins d'un an aboutit presque systématiquement à un refus ou un ajournement.
Deux emprunteurs avec un infarctus dans leur dossier médical. Même âge, même montant de prêt. L'un paie 65 €/mois d'assurance, l'autre se voit refuser toute couverture.
La différence tient à deux chiffres : l'un a eu son infarctus il y a 11 mois, l'autre il y a 4 ans. Et leurs FEVG respectives : 38 % pour le premier, 58 % pour le second.
C'est la réalité de la tarification cardiaque. Pas une pathologie, mais un profil cardiaque précis, avec une date et un chiffre.
Les deux variables qui gouvernent tout
Le délai depuis l'épisode aigu
L'assureur considère que le risque de récidive cardiaque est maximal dans les 12 à 24 premiers mois suivant un événement aigu (infarctus, syndrome coronarien, pontage en urgence). Pendant cette période, les refus ou ajournements sont la règle.
Au-delà de 2 ans, si le profil cardiologique est favorable, la tarification redevient possible. Et elle s'améliore progressivement avec le temps : un profil stable depuis 5 ans est traité plus favorablement qu'un profil stable depuis 3 ans.
La FEVG (fraction d'éjection ventriculaire gauche)
La FEVG mesure la capacité du ventricule gauche à éjecter le sang à chaque contraction. Elle s'exprime en pourcentage.
FEVG | Interprétation | Impact sur l'assurance |
|---|---|---|
> 55 % | Normale | Favorable |
40-54 % | Légèrement diminuée | Surprime modérée à importante |
30-39 % | Modérément altérée | Surprime élevée, refus fréquent |
< 30 % | Sévèrement altérée | Refus quasi-systématique |
Une FEVG mesurée après l'épisode aigu peut se normaliser avec le temps et les traitements. Un echocardiogramme récent montrant une FEVG revenue à 55 % après un infarctus de 3 ans est un élément central pour obtenir une tarification favorable.
Tableau de tarification croisé : délai depuis l'épisode x FEVG (2026)
Les fourchettes ci-dessous correspondent à la garantie décès uniquement. La garantie ITT (arrêt de travail) est soumise à des conditions séparées décrites dans la section suivante.
Délai depuis l'épisode | FEVG | Surprime décès estimée | ITT/IPT |
|---|---|---|---|
< 12 mois | Toutes | Refus ou ajourné | Refus |
12-24 mois | > 55 % | +100 % à +200 % | Exclusion fréquente |
12-24 mois | 40-54 % | +150 % à +250 % | Refus |
12-24 mois | < 40 % | Refus fréquent | Refus |
2-4 ans | > 55 % | +75 % à +150 % | Exclusion ciblée possible |
2-4 ans | 40-54 % | +100 % à +200 % | Exclusion fréquente |
2-4 ans | < 40 % | +150 % à +300 % ou refus | Refus |
> 5 ans | > 55 %, bilan rassurant | +50 % à +100 % | Parfois accordée avec exclusion |
> 5 ans | 40-54 % | +75 % à +150 % | Exclusion ou refus |
Les facteurs aggravants additionnels (diabète associé, tabac actif, IRC, HTA non contrôlée, dyslipidémie non traitée) élèvent systématiquement ces fourchettes.
Exemples chiffrés sur 200 000 € / 20 ans
Samir, 52 ans, fonctionnaire territorial. Cardiopathie ischémique stable depuis 4 ans. FEVG à 57 %. Bilan cardiologique récent favorable. Prêt : 200 000 € sur 20 ans.
Prime de base (profil sain 52 ans, délégation) : environ 50 €/mois.
Surprime estimée : +100 % sur décès (décès = 55 % de la prime).
Décès majoré : +27 €/mois.
Prime totale estimée : 77 €/mois.
Son assurance groupe bancaire (0,50 % capital initial) : 83 €/mois constants.
La délégation avec surprime reste moins chère. Sur 20 ans, la délégation avec surprime représente environ 15 000 € de prime totale, contre 20 000 € pour le groupe. Économie estimée : 5 000 €.
Christelle, 47 ans, comptable. Infarctus il y a 2 ans. FEVG à 44 %. Traitement en cours, stabilisation en cours.
La tarification standard en délégation aboutira probablement à un refus ou une surprime > +200 %. La convention AERAS niveau 2 est la voie recommandée. À partir du niveau 2, le dossier est examiné par un pool de réassureurs spécialisés en cardiopathie.
Estimez votre prime sur le simulateur Kidonk.
Ce que les cardiopathies moins courantes déclenchent
Fibrillation auriculaire isolée traitée
La FA isolée, bien contrôlée par anticoagulants ou ablation, est traitée plus favorablement que l'infarctus. Les surprimes décès observées sont dans la fourchette +25 % à +75 %, souvent sans exclusion ITT pour une FA sans autre complication.
Insuffisance cardiaque congestive
C'est le profil cardiaque le plus difficile à assurer. Une FEVG effondrée avec signes congestifs actifs aboutit quasi-systématiquement à un refus, y compris au niveau 3 AERAS pour les capitaux importants.
Pontage vs stent : une différence marginale pour l'assureur
Les assureurs ne distinguent pas fondamentalement la revascularisation par stent de celle par pontage. Ce qui compte : le résultat (FEVG, ischémie résiduelle, complications post-opératoires), pas la technique.
Un pontage récent avec complications est plus pénalisant qu'un stent ancien sans séquelle. La procédure elle-même est secondaire dans l'évaluation.
ITT et IPT après cardiopathie : ce que l'assureur accepte ou non
La garantie ITT couvre les arrêts de travail. L'exclusion "affections cardiovasculaires" est un standard dans la majorité des contrats assureurs pour les profils avec antécédents cardiaques.
Elle signifie : en cas d'arrêt de travail lié à votre pathologie cardiaque, l'assureur ne prend pas en charge. En cas d'arrêt lié à une cause indépendante (accident, autre maladie), la garantie joue normalement.
Après 5 ans de stabilité et une FEVG normalisée, certains assureurs en délégation rouvrent l'ITT sans exclusion ciblée, ou avec une exclusion limitée aux 12 premiers mois du contrat. C'est un levier à demander explicitement à votre courtier.
L'article sur les solutions pour les profils santé aggravée détaille les courtiers spécialisés en risques cardiaques et les assureurs avec les grilles les plus favorables.
Préparer son dossier pour maximiser la tarification
Un bilan cardiologique récent et complet peut faire basculer une décision d'un niveau à l'autre. Voici ce que le médecin-conseil cherche :
Echocardiogramme récent (moins de 12 mois) avec FEVG précisée
Épreuve d'effort ou scintigraphie montrant l'absence d'ischémie résiduelle
Comptes rendus de suivi cardiologique régulier
Liste des traitements en cours (bêtabloquants, statines, antiagrégants) et leur durée
Absence d'hospitalisation cardiologique dans les 12 derniers mois
Un dossier incomplet mène souvent à un refus par précaution. Un dossier documentant 4 ans de stabilité avec FEVG normalisée et absence d'ischémie résiduelle est un argument solide.
La convention AERAS est à activer si la démarche directe en délégation aboutit à un refus. Le guide de la convention AERAS sur service-public.fr précise les conditions d'accès aux trois niveaux d'examen.
Pour aller plus loin
Santé aggravée : fourchettes de surprimes 2026 pour toutes les pathologies lourdes
Insuffisance rénale chronique et assurance emprunteur : stades, dialyse, greffe
Cancer en cours de traitement : que faire pour votre crédit ?
Deux pathologies chroniques : l'effet multiplicateur sur votre prime
Diabète avec complications : rétinopathie, néphropathie, ce que chaque complication change
Maladie cardiaque et assurance emprunteur : toutes les solutions
FAQ
Après un infarctus, combien de temps faut-il attendre avant de pouvoir s'assurer ?
Le délai minimal pratique est de 12 à 18 mois. Mais les meilleures conditions tarifaires s'obtiennent après 3 à 5 ans de stabilité cardiologique documentée, avec une FEVG normalisée et des bilans rassurants. Avant 12 mois, le dossier est quasi-systématiquement ajourné.
La FEVG peut-elle s'améliorer après un infarctus ?
Oui. Avec le traitement approprié (bêtabloquants, IEC, rééducation cardiaque), la FEVG se normalise souvent dans les 6 à 18 mois suivant un infarctus traité en urgence. Un echocardiogramme à 12 mois, puis à 3 ans, permet de documenter cette amélioration et de rouvrir la tarification.
Un stent ou un pontage ancien (10 ans) change-t-il encore quelque chose à l'assurance ?
Oui, mais de façon beaucoup plus modérée. Un antécédent coronarien ancien avec longue période de stabilité, FEVG normale et bilans annuels favorables est traité par la plupart des assureurs délégation avec une surprime limitée à +25-75 %. Les facteurs de risque associés (tabac actif, diabète, HTA) restent les principaux leviers d'aggravation.
La convention AERAS est-elle utile pour une cardiopathie ischémique ?
Oui. Les niveaux 2 et 3 AERAS examinent les dossiers refusés par les assureurs standards. Pour les cardiopathies sévères ou les FEVG altérées, ce passage par les réassureurs spécialisés peut aboutir à une offre, sous conditions de capital (inférieur à 420 000 €) et d'âge (remboursement avant 71 ans).

