Fondamentaux

Tarification et coûts

Santé aggravée et assurance emprunteur : ce que ça va vraiment coûter en 2026

Publié le :

En bref : Une pathologie grave (diabète avec complications, cancer en rémission, cardiopathie, insuffisance rénale) entraîne une surprime de +50 % à +300 % sur la garantie décès, et souvent le refus des garanties invalidité. Sur un prêt de 200 000 € sur 20 ans, le surcoût se situe entre 3 000 et 15 000 € selon la pathologie et son stade. La délégation d'assurance reste, dans la majorité des cas, moins chère que le groupe même avec une surprime appliquée.

Vous avez un diagnostic. Vous avez un projet immobilier. Et vous n'osez pas déposer votre dossier d'assurance parce que vous ne savez pas ce qui vous attend.

C'est exactement la bonne question de poser avant de s'engager. Pas après.

Cet article est un outil de préparation : des fourchettes chiffrées, par pathologie, par niveau de gravité, converties en euros sur votre prêt. Pas des généralités rassurantes. Des ordres de grandeur utilisables.

Ce que l'assureur regarde vraiment quand vous avez une pathologie grave

La sélection médicale en assurance emprunteur ne fonctionne pas comme une liste noire. C'est une évaluation de risque, et elle dépend de trois variables précises.

La stabilité de la pathologie. Un diabète de type 2 avec HbA1c à 9 % et une néphropathie débutante est traité très différemment d'un diabète stabilisé sans complication. L'assureur cherche une tendance, pas un diagnostic.

Les comorbidités associées. Une hypertension artérielle isolée déclenche rarement une surprime. La même hypertension, associée à un diabète et à un IMC à 34, change de catégorie. Les risques ne s'additionnent pas, ils se multiplient.

Le délai depuis l'événement aigu. Après un infarctus ou un cancer, le temps écoulé depuis l'épisode conditionne directement la décision. Un an après un infarctus : refus probable. Quatre ans après, avec une FEVG normalisée : surprime modérée souvent possible.

À partir de ces variables, le médecin-conseil prend une décision parmi trois : acceptation standard (rare pour les pathologies lourdes), surprime avec ou sans exclusion de garantie, ou refus. Ce refus n'est pas un mur définitif. C'est une étape vers la convention AERAS ou vers un courtier spécialisé.

La loi Lemoine (2022) a supprimé le questionnaire médical pour les prêts remboursés avant 60 ans et inférieurs à 200 000 € par tête assurée. Si votre projet entre dans ce cadre, la question ne se pose plus : aucune surprime médicale n'est possible, conformément à l'article L.521-1 du Code de la consommation.

Pour les autres, voici les chiffres.

Tableau de référence : fourchettes par pathologie et niveau de gravité (2026)

Les données ci-dessous sont des ordres de grandeur de marché, établis à partir des pratiques des assureurs spécialisés et des courtiers en risques aggravés en 2025-2026. Chaque assureur applique sa propre grille tarifaire. Un courtier spécialisé peut accéder à des assureurs avec des grilles significativement différentes.

Insuffisance rénale chronique

Stade

Surprime décès estimée

IPT/ITT

Commentaire

Stade 3 stable (DFG 30-59)

+50 % à +200 %

Exclusion quasi-systématique

Acceptable si sans comorbidité lourde

Stade 4 (DFG 15-29)

+150 % à +300 %

Refus

Souvent limité au décès seul

Dialyse en cours

Refus ou > +300 %

Refus

AERAS n'oblige pas à accepter

Greffe rénale stable (> 3 ans)

+100 % à +200 %

Exclusions fréquentes

Mieux que la dialyse, pire que la plupart des autres pathologies

L'insuffisance rénale est l'une des pathologies les plus défavorablement tarifées en assurance emprunteur. La surmortalité cardiovasculaire associée et le risque de progression vers la dialyse expliquent ces niveaux.

Cancer

Situation

Surprime décès estimée

IPT/ITT

Commentaire

En cours de traitement

Ajourné ou refus

N/A

Pas de tarification possible

< 5 ans, bon pronostic (> 2-3 ans rémission)

+75 % à +200 %

Exclusions fréquentes

Varie selon type de cancer et stade initial

< 5 ans, pronostic intermédiaire ou rémission récente

+150 % à +300 %

Refus ou exclusions lourdes

Avant le droit à l'oubli

> 5 ans sans rechute (droit à l'oubli acquis)

0 % (surprime supprimée)

Standard

Art. L.1141-5 CSP, loi Lemoine 2022

Le droit à l'oubli s'applique 5 ans après la fin du protocole thérapeutique, sans rechute. À partir de cette date, l'assureur ne peut plus appliquer de surprime liée au cancer.

Pathologies cardiovasculaires

Profil

Surprime décès estimée

IPT/ITT

Commentaire

Coronaropathie stable, stent > 3 ans, FEVG normale

+50 % à +150 %

Exclusions possibles

Bilan cardio récent déterminant

Infarctus 1-3 ans, FEVG 40-54 %

+100 % à +200 %

Refus ou exclusions ITT

Stade intermédiaire

Infarctus < 1 an ou FEVG sévèrement altérée

Refus fréquent

Refus

AERAS niveau 2-3 souvent nécessaire

Fibrillation auriculaire isolée traitée

+25 % à +75 %

Selon contexte

Moins pénalisée que l'infarctus

Diabète avec complications

Profil

Surprime décès estimée

IPT/ITT

Commentaire

DT1 équilibré sans complication

+100 % à +150 %

Exclusions fréquentes

Données Cardif 2025

DT1/DT2 avec complication isolée modérée (rétinopathie légère)

+75 % à +150 %

Exclusion possible

HbA1c déterminant

DT1/DT2 avec complications multiples ou sévères

+150 % à +250 %

Refus ou exclusions lourdes

Néphropathie + cardio = AERAS

De la surprime en % au surcoût en euros : la conversion que vous ne trouvez nulle part

Les assureurs parlent en pourcentage. Mais votre budget fonctionne en euros.

Voici la méthode de conversion. Sur un prêt de 200 000 € sur 20 ans, pour un profil de 44 ans, la prime de base en délégation (profil sain, non-fumeur) est d'environ 35 € par mois, soit 0,20 % du capital restant dû. La garantie décès représente typiquement 50 à 60 % de cette prime totale.

Sophie, 44 ans, enseignante, diagnostiquée d'une cardiopathie ischémique stable il y a 4 ans. FEVG normale, bilan récent rassurant. Prêt de 200 000 € sur 20 ans.

Sa prime de base (profil sain) : 35 €/mois. La partie décès : 20 €/mois.

Avec une surprime de +100 % sur le décès : +20 €/mois, soit 55 €/mois total. Sur 20 ans (prime dégresseive avec le capital) : surcoût estimé à environ 4 800 €.

La même surprime à +150 % représente +30 €/mois, soit un surcoût d'environ 7 200 € sur 20 ans. À +200 % : près de 10 000 € de surcoût.

Ces montants sont significatifs. Mais les mettre en perspective change tout.

L'assurance groupe de sa banque lui propose 0,42 % du capital initial, soit 70 €/mois constants sur 20 ans : 16 800 € au total.

Avec une surprime de +100 % en délégation, Sophie paie 55 €/mois et économise encore plus de 11 000 € sur 20 ans par rapport au groupe. La délégation, même avec surprime, reste très souvent plus compétitive.

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AERAS : ses possibilités réelles et ses limites pour votre surprime

La convention AERAS (S'Assurer et Emprunter avec un Risque Aggravé de Santé) structure l'examen des dossiers médicaux refusés. Elle ne garantit pas l'acceptation, mais elle oblige les assureurs à examiner les dossiers en trois niveaux successifs.

Le premier niveau : l'assureur standard. Le deuxième : un pool de réassureurs spécialisés. Le troisième : un pool de risques très aggravés. Ce troisième niveau est accessible uniquement si le montant du prêt est inférieur ou égal à 420 000 € et si le remboursement se termine avant le 71e anniversaire de l'emprunteur.

L'écrêtement de surprime est le dispositif le plus utile d'AERAS pour les profils santé aggravée. Si vos revenus sont inférieurs à 47 100 €/an (soit un PASS 2025) pour une personne seule, la surprime est plafonnée à 1,4 point dans le TAEG. Au-delà, l'assureur applique sans limite. Ce plafonnement ne s'applique pas automatiquement : il faut le demander explicitement.

Ce que la convention ne fait pas : elle n'oblige pas les assureurs à accepter. Une dialyse en cours, un cancer en traitement actif, une insuffisance cardiaque sévère : même au troisième niveau AERAS, le refus reste légal. La convention améliore les chances, elle ne les garantit pas. Pour les détails du dispositif, service-public.fr décrit les conditions précises d'accès au troisième niveau.

Les grilles de référence AERAS sont un outil supplémentaire. Elles couvrent certaines pathologies et fixent des conditions d'acceptation standardisées. Si votre pathologie figure dans ces grilles, l'assureur doit les appliquer. Consultez aeras-infos.fr pour vérifier si votre situation est couverte.

Quand la délégation reste avantageuse malgré une surprime élevée

L'idée reçue est tenace : avec une pathologie grave, le contrat groupe bancaire serait forcément moins pénalisant. Il est vrai que le groupe ne pratique pas de sélection médicale individuelle. Votre diabète ou votre infarctus ne changent rien à votre prime de groupe.

Mais le taux groupe est calibré pour un portefeuille très large d'emprunteurs, tous âges et tous risques confondus. Il est structurellement élevé. Un profil sain de 35 ans paie trop cher en groupe pour financer les risques des profils plus lourds.

L'article sur l'injustice tarifaire de l'assurance groupe l'explique en détail. Pour les profils santé aggravée, la logique est différente, mais le résultat reste souvent le même.

Le calcul décisif : comparer le taux groupe total au taux délégation incluant la surprime.

Un profil de 48 ans avec diabète de type 1 équilibré se voit proposer en délégation un taux de 0,20 % avec une surprime de +120 % sur le décès.

  • Coût délégation réel : 0,20 % de base, avec décès majoré, garanties partielles. Prime totale estimée : 47 €/mois.

  • Coût groupe bancaire (Crédit Agricole, Predica) : 0,52 % du capital initial = 87 €/mois.

La délégation avec surprime reste 40 €/mois moins chère. Sur 15 ans de remboursements restants : économie d'environ 7 200 €.

La délégation peut perdre son avantage dans un seul cas : si la surprime est très élevée et les garanties très réduites (décès seul, sans ITT ni IPP), alors que le groupe maintient toutes les garanties. Dans ce cas, l'emprunteur doit comparer non pas les primes mais la couverture effective. C'est une situation minoritaire, mais elle existe pour les profils avec refus de toutes les garanties invalidité.

Le guide des solutions pour les profils santé aggravée détaille les stratégies pour chaque pathologie spécifique : courtiers spécialisés, grilles AERAS, délégation optimisée.

Pour aller plus loin

Chaque article de ce cluster approfondit une pathologie ou une situation spécifique :

Autres articles utiles :

FAQ

Une pathologie grave empêche-t-elle systématiquement d'obtenir une assurance emprunteur ?
Non. Seuls les cas les plus sévères (dialyse en cours, cancer en traitement actif, insuffisance cardiaque avancée) peuvent aboutir à un refus même après épuisement des recours. Dans la majorité des situations, une couverture est possible : avec surprime, avec exclusion de certaines garanties, ou via les trois niveaux AERAS. Un courtier spécialisé accède à des grilles assureurs inaccessibles en demande directe.

La garantie ITT est-elle toujours refusée avec une pathologie grave ?
Fréquemment, mais pas toujours. Pour les pathologies cardiovasculaires stabilisées depuis plusieurs années ou les diabètes bien contrôlés, certains assureurs délégation maintiennent l'ITT, parfois avec une exclusion ciblée (exclusions des arrêts liés à la pathologie déclarée). L'exclusion totale est plus systématique pour l'IRC avancée, les complications diabétiques multiples et les cancers en période transitoire.

Quel est le délai de réponse AERAS pour une surprime élevée ?
Le premier niveau d'examen (assureur standard) doit répondre sous 5 jours ouvrés. Les niveaux 2 et 3 ont un délai de 10 jours ouvrés chacun. En pratique, l'examen complet peut prendre 3 à 6 semaines selon la complexité du dossier médical et les échanges avec les médecins-conseils.

La loi Lemoine peut-elle supprimer la surprime pour une pathologie grave ?
Oui, dans un cas précis : si le prêt est inférieur ou égal à 200 000 € par tête assurée et remboursé avant le 60e anniversaire de l'emprunteur, le questionnaire médical est supprimé. Sans questionnaire, aucune surprime santé ne peut être appliquée, quelle que soit la pathologie. Au-delà de ces seuils, la sélection médicale s'applique normalement.

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