Fondamentaux

Tarification et coûts

Insuffisance rénale chronique et assurance emprunteur : ce que les assureurs font vraiment

Publié le :

En bref : L'insuffisance rénale chronique est l'une des pathologies les plus défavorablement tarifées en assurance emprunteur. Au stade 3 stable, une surprime de +50 % à +200 % sur le décès est fréquente, avec exclusion quasi-systématique de l'ITT. Au stade 4 et en dialyse, les refus dominent. La convention AERAS peut améliorer les chances mais ne garantit pas l'acceptation. Un courtier spécialisé reste la voie la plus efficace.

3,2 millions de Français vivent avec une insuffisance rénale chronique. Beaucoup ont un projet immobilier. Et presque tous découvrent à cette occasion que leur pathologie est l'une des plus mal accueillies du marché de l'assurance emprunteur.

Ce n'est pas une question de mauvaise volonté des assureurs. C'est une question de risque statistique. L'IRC accélère la mortalité cardiovasculaire, évolue naturellement vers des stades plus graves, et cumule souvent plusieurs comorbidités. Pour un acteur qui calcule une probabilité de décès sur 20 ans, ce profil est objectivement difficile.

Mais difficile ne signifie pas impossible. Voici ce que vous pouvez réellement obtenir, stade par stade.

Le chiffre que l'assureur regarde en premier : le DFG

Le débit de filtration glomérulaire (DFG) est le marqueur central. Il mesure la capacité des reins à filtrer le sang, exprimée en ml/min/1,73 m². Plus il est bas, plus la pathologie est avancée.

Stade

DFG

Signification

1-2

> 60

Souvent sans impact tarifaire si isolé

3a

45-59

Légèrement diminué : impact modéré

3b

30-44

Modérément sévère : surprimes fréquentes

4

15-29

Sévère : risque tarifaire majeur

5

< 15

Terminal : dialyse ou greffe nécessaires

Ce chiffre seul ne suffit pas. L'assureur regarde aussi la tendance : un DFG stable depuis 3 ans à 40 ml/min est traité différemment d'un DFG qui décline rapidement. Les comorbidités associées (hypertension, diabète, antécédents cardiovasculaires) aggravent systématiquement le profil.

Stade 3 : ce qui est possible (avec quel prix)

Au stade 3, une couverture décès est accessible chez plusieurs assureurs en délégation, sous conditions.

L'assureur regarde : la stabilité du DFG sur les 12 à 24 derniers mois, la présence ou non d'une protéinurie significative, le contrôle de la tension artérielle, l'absence d'antécédent cardiovasculaire récent.

Fourchettes de surprimes observées sur le marché en 2025-2026 :

  • Stade 3a stable, sans comorbidité lourde : surprime décès +50 % à +100 %

  • Stade 3b stable, HTA contrôlée, sans diabète : surprime décès +100 % à +200 %

  • Stade 3 avec progression récente ou protéinurie élevée : +150 % à +250 %, voire refus

La garantie ITT (arrêt de travail) est quasi-systématiquement refusée ou exclue pour les pathologies rénales au stade 3b. L'IPT (invalidité permanente) est souvent exclue également. La couverture obtenue est, dans la majorité des cas, limitée au décès et à la PTIA.

Exemple chiffré. Aziz, 51 ans, agent de sécurité, IRC stade 3b stable depuis 2 ans. DFG à 38 ml/min, HTA traitée contrôlée, pas de diabète ni d'antécédent cardiovasculaire. Prêt : 170 000 € sur 15 ans.

Prime de base (profil sain 51 ans, délégation) : environ 52 €/mois. Avec surprime +150 % sur le décès (décès représente 55 % de la prime) : surcoût d'environ 43 €/mois, prime totale estimée à 95 €/mois.

Son assurance groupe bancaire (0,55 % capital initial) : 78 €/mois, constants sur 15 ans, avec ITT maintenu mais garanties figées.

Dans ce cas, la délégation avec surprime coûte plus cher en mensuel mais offre une couverture décès sur le capital restant dû, dont le poids relatif diminue. La comparaison doit se faire sur le TAEA, pas sur la prime mensuelle seule.

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Stade 4 et dialyse : la réalité sans détour

Au stade 4, le marché se referme significativement.

Un DFG entre 15 et 29 ml/min signifie que l'inscription sur liste de greffe ou la mise en dialyse est souvent proche. Les assureurs intègrent ce risque de dégradation prévisible. Le résultat : refus fréquents, même sur la seule garantie décès, surtout pour les prêts longs ou les capitaux élevés.

Quand une acceptation est proposée au stade 4 :

  • Elle couvre le plus souvent uniquement le décès

  • Avec une surprime dans la fourchette haute (+150 % à +300 %)

  • Parfois avec une limitation de capital ou de durée maximale

Pour la dialyse en cours (stade 5 terminal), le marché standard répond quasi-systématiquement par un refus. La surmortalité cardiovasculaire chez les patients dialysés est documentée. Les rares acceptations concernent des capitaux faibles, des durées courtes, et des profils par ailleurs très favorables.

La convention AERAS peut ouvrir un troisième niveau d'examen par un pool de réassureurs spécialisés. Mais même ce niveau peut conclure à un refus pour une dialyse active. La convention n'impose pas l'acceptation, elle impose l'examen. La différence est importante.

Pour les conditions d'accès au troisième niveau AERAS (montant inférieur à 420 000 €, remboursement terminé avant 71 ans), consultez service-public.fr sur la convention AERAS.

Greffe rénale : un profil plus accessible, mais encore pénalisé

Après une greffe rénale réussie, le profil est différent. L'assureur ne regarde plus le stade IRC mais la stabilité du greffon.

Les facteurs déterminants :

  • Ancienneté de la greffe (plus elle est ancienne et stable, mieux c'est)

  • Fonction du greffon : DFG actuel, créatinine, protéinurie résiduelle

  • Absence d'épisodes de rejet depuis la greffe

  • Tolérance aux immunosuppresseurs

  • Bilan cardiovasculaire

Une greffe stable de plus de 3 ans, avec DFG à 50 ml/min, sans épisode de rejet ni complication, peut être couverte en délégation spécialisée avec une surprime significative mais inférieure à celle d'une dialyse en cours.

Fourchettes observées pour une greffe stable :


3 ans, greffon stable, bon bilan cardio : surprime décès +100 % à +200 %

  • < 2 ans ou greffon fragile : refus fréquent ou surprime > +200 %

Les garanties invalidité restent souvent exclues ou très limitées, même pour les meilleures situations post-greffe.

Les stratégies concrètes selon votre stade rénal

Si vous êtes au stade 3

La délégation reste accessible chez plusieurs assureurs. Passez par un courtier spécialisé en risques aggravés (Utwin, Ymanci, Magnolia) : ils ont des accords avec des assureurs qui ne traitent pas les demandes directes.

Préparez votre dossier médical avec soin : bilans rénaux sur les 24 derniers mois montrant la stabilité, comptes rendus du néphrologue, bilan cardiovasculaire récent. Un dossier documentant la stabilité pèse sur la décision du médecin-conseil.

Réduire la durée ou le capital assurés améliore mécaniquement l'acceptabilité.

Si vous êtes au stade 4 ou en dialyse

Le recours à la convention AERAS est indispensable. Vérifiez que votre banque a bien déclenché les trois niveaux d'examen. Si elle n'a transmis qu'au premier niveau, demandez explicitement l'escalade.

Si l'écrêtement AERAS s'applique à votre situation de revenus (inférieurs à 47 100 €/an), réclamez-le : il plafonne la surprime à 1,4 point dans le TAEG.

Envisagez des alternatives à l'assurance emprunteur classique :

  • Garantie hypothécaire : la banque prend le bien en garantie plutôt qu'une assurance. Certaines banques l'acceptent pour les profils inassurables.

  • Nantissement d'assurance-vie : si vous disposez d'un capital placé suffisant, vous le nantissez en faveur de la banque. Aucun questionnaire médical requis.

  • Co-emprunteur assuré seul : si votre partenaire est en bonne santé, les quotités peuvent être réparties pour maximiser la couverture sur le profil assurable.

Si vous avez eu une greffe rénale

Attendez que la greffe soit stabilisée avant de déposer votre dossier d'assurance. Le délai optimal est généralement 18 à 24 mois après la greffe, avec un bilan favorable. Avant ce délai, les refus sont fréquents.

L'article sur les solutions pour les profils santé aggravée détaille les courtiers et les dispositifs disponibles par pathologie.

Pour aller plus loin

FAQ

L'insuffisance rénale chronique stade 3 permet-elle encore d'obtenir une assurance avec garantie décès ?
Oui, au stade 3 stable et sans comorbidité lourde, plusieurs assureurs en délégation proposent une couverture décès. La surprime est de l'ordre de +50 % à +200 % selon la sévérité. Un courtier spécialisé en risques aggravés est le meilleur chemin : il accède à des grilles tarifaires inaccessibles en demande directe au même assureur.

La dialyse est-elle un motif de refus systématique en assurance emprunteur ?
Dans la très grande majorité des cas, oui. Les assureurs standard et les réassureurs du niveau 2 AERAS refusent quasi-systématiquement. Le niveau 3 peut parfois aboutir à une offre très restreinte (capital faible, durée courte), mais le refus reste le scénario le plus fréquent. Les alternatives (nantissement, hypothèque) sont alors à privilégier.

Après une greffe rénale, combien de temps faut-il attendre avant de déposer un dossier d'assurance emprunteur ?
Le délai optimal est de 18 à 24 mois après la greffe, avec un greffon stable et un bilan cardiovasculaire satisfaisant. Avant ce délai, les refus sont fréquents. Après 3 ans de stabilité, certains assureurs délégation proposent une couverture décès avec surprime, dans la fourchette +100 % à +200 %.

La loi Lemoine permet-elle de contourner la sélection médicale avec une IRC ?
Oui, si le prêt est inférieur ou égal à 200 000 € par tête assurée et remboursé avant le 60e anniversaire de l'emprunteur. Dans ce cas, aucun questionnaire médical n'est demandé et aucune surprime santé ne peut être appliquée. Pour les prêts plus importants ou les emprunteurs plus âgés, la sélection médicale s'applique dans toute sa rigueur.

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