Fondamentaux
Tarification et coûts
Santé et assurance emprunteur : comment vos antécédents impactent vraiment le tarif (2026)

Une hypertension bien traitée peut coûter 0 % de surprime. La même pathologie mal contrôlée peut en coûter 100 %. C'est toute la logique de la tarification médicale en assurance emprunteur : ce n'est pas le nom de votre maladie qui détermine le tarif, c'est son niveau de maîtrise.
Ce guide décortique le mécanisme complet. Qui décide de votre prime ? Sur quels critères ? Quelles fourchettes pour les pathologies les plus courantes ? Et surtout : que peut-on faire pour limiter la facture ?
Ce que l'assureur cherche dans votre questionnaire de santé
Quand vous souscrivez une assurance emprunteur individuelle, vous remplissez un questionnaire de santé. Ce document n'est pas une formalité. C'est la base de calcul de votre prime.
Le questionnaire recueille plusieurs catégories d'informations :
Données physiques : taille, poids, IMC, tabagisme
Antécédents médicaux : pathologies chroniques, hospitalisations des 10 dernières années, arrêts de travail, opérations
Traitements en cours : médicaments, suivi régulier chez un spécialiste
Prise en charge à 100 % : exonération du ticket modérateur pour ALD (affection longue durée)
Activités à risque : sport extrême, profession dangereuse
Une fois le questionnaire soumis, un médecin-conseil de l'assureur l'analyse. Il peut rendre quatre verdicts : acceptation au tarif standard, application d'une surprime, exclusion d'une garantie, ou refus d'assurer.
Le refus est rare pour les conditions modérées. Dans l'immense majorité des cas, l'assureur propose une surprime ou une exclusion partielle.
Pour savoir comment remplir ce questionnaire sans erreur ni omission, l'article questionnaire de santé : comment le remplir sans faute de déclaration couvre la partie procédurale.
Contrôlé ou mal équilibré : la question qui change tout
C'est le point que les emprunteurs ne savent pas. Un même diagnostic peut déclencher une surprime de 0 % chez un assureur ou une surprime de 75 % chez un autre, pour le même emprunteur. La raison : l'état de la pathologie compte autant que son existence.
Prenons un exemple concret.
Sébastien, 44 ans, commercial, HTA diagnostiquée il y a 6 ans. Sa tension est stabilisée à 128/82 mmHg sous monothérapie. Son dermatologue n'a relevé aucune comorbidité lors du dernier bilan annuel. Résultat chez plusieurs assureurs alternatifs : acceptation au tarif standard. Zéro surprime.
Antoine, 44 ans, même diagnostic d'HTA. Mais sans suivi régulier, tension à 158/96 mmHg lors du questionnaire, tabagisme actif déclaré. Résultat : surprime de 50 % sur la garantie décès/PTIA, et potentiellement une exclusion de la garantie ITT selon l'assureur.
Même maladie. Tarifs radicalement différents.
Ce mécanisme s'applique à toutes les pathologies chroniques courantes : diabète type 2, obésité, asthme. Le niveau de contrôle actuel pèse plus que l'ancienneté du diagnostic.
Les surprimes réelles en 2026 : le tableau par pathologie
Les fourchettes ci-dessous sont issues des grilles appliquées par les assureurs alternatifs en délégation. L'assurance groupe bancaire a des grilles différentes, souvent moins fines (voir plus bas).
Pathologie | Garantie décès / PTIA | Garantie ITT | Condition |
|---|---|---|---|
HTA traitée, contrôlée | 0 % à 25 % | 0 % | Monothérapie, tension stable |
HTA non contrôlée | 25 % à 100 % | Exclusion possible | Bithérapie + tabac ou obésité |
Diabète type 2, HbA1c < 7 % | 0 % à 50 % | 25 % à 75 % | Sans complications |
Diabète type 2, HbA1c 7-8 % | 50 % à 100 % | 75 % à 100 % | Zone grise |
Diabète type 2, HbA1c > 8 % | 75 % à 100 % | 100 % à 125 % | Risque élevé |
IMC 30 à 34,9 | 0 % à 25 % | 0 % à 25 % | Sans comorbidités |
IMC 35 à 39,9 | 50 % à 75 % | 0 % à 50 % | Selon proximité des seuils |
IMC ≥ 40 | 75 % à 150 % | 75 % à 100 % | Refus si IMC > 43 |
Tabac actif | +20 % à +50 % | Selon autre risque | Facteur aggravant |
Asthme modéré contrôlé | 0 % à 25 % | 0 % | Traitement stable |
Apnée du sommeil traitée | 0 % à 25 % | 0 % à 25 % | Appareillage efficace |
Sources : grilles courtiers spécialisés assurance emprunteur, données 2026.
Lecture du tableau : les fourchettes basses correspondent aux profils bien contrôlés avec bilans récents. Les fourchettes hautes concernent les profils mal équilibrés ou avec plusieurs facteurs de risque combinés.
Les pathologies plus lourdes (diabète type 1, cardiopathies, cancers en rémission) relèvent d'un traitement différent, couvert dans notre guide sur l'assurance emprunteur pour risques de santé aggravés.
Ce que signifie concrètement une surprime de 50 %
Un chiffre abstrait devient très concret quand on le traduit en euros.
Exemple chiffré : Claire, 47 ans, infirmière.
Prêt : 230 000 € sur 20 ans
Taux assurance standard (délégation, non-fumeur, profil sain) : 0,28 % du capital restant dû
Prime mensuelle de départ : environ 54 €/mois
Avec une surprime de 50 % pour diabète type 2 HbA1c à 7,4 % :
Taux effectif : 0,42 %
Prime mensuelle : environ 81 €/mois
Surcoût mensuel : 27 €, soit 6 480 € sur 20 ans
Avec une surprime de 100 % (HbA1c > 8 %, tabac actif) :
Taux effectif : 0,56 %
Prime mensuelle : environ 108 €/mois
Surcoût total sur 20 ans : 12 960 € par rapport au tarif standard
Ces chiffres justifient de ne pas accepter le premier devis venu. Les grilles varient fortement d'un assureur à l'autre pour les mêmes pathologies. Comparer avant de signer est possible grâce à la délégation d'assurance.
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Âge et santé : quand les deux facteurs se cumulent
L'âge est le facteur dominant en assurance emprunteur avant 55 ans. Après 55 ans, une condition chronique modérée vient s'additionner à une prime déjà plus élevée.
Conséquence pratique : une surprime de 25 % à 40 ans représente un surcoût faible. La même surprime à 60 ans, appliquée à un taux de base déjà multiplié par deux à cause de l'âge, génère un montant absolu nettement supérieur.
Autre mécanisme : certaines pathologies cardiaques ou métaboliques peuvent déclencher une exclusion de la garantie ITT dès 60 ans, là où un profil sain aurait cette garantie jusqu'à 65-70 ans.
L'interaction des deux facteurs est traitée en détail dans l'article âge et assurance emprunteur : l'escalade tarifaire de 30 à 75 ans.
La loi Lemoine : quand le questionnaire disparaît complètement
Depuis juin 2022, la loi Lemoine a supprimé le questionnaire de santé dans une configuration précise. Pas de restriction sur votre état de santé. Pas de surprime. Pas d'exclusion. Rien.
Conditions cumulatives :
La part assurée par personne ne dépasse pas 200 000 €
Le remboursement du prêt se termine avant vos 60 ans
Si ces deux conditions sont réunies, vous pouvez souscrire sans aucune déclaration médicale, quel que soit votre état de santé. Diabète, hypertension, obésité : tout est effacé du calcul.
C'est un levier sous-utilisé. Un couple empruntant 350 000 € avec 50 % de quotité chacun remplit la condition des 200 000 € par personne. Chaque co-emprunteur est couvert sans questionnaire si les deux ont moins de 60 ans à la fin du prêt.
Les détails complets sur cette exemption et le droit à l'oubli cancer sont dans l'article droit à l'oubli et questionnaire supprimé : assurance emprunteur avec antécédents.
La page officielle service-public.fr sur la délégation d'assurance emprunteur détaille les conditions d'application de la loi Lemoine et les droits de l'emprunteur.
La convention AERAS : votre filet de sécurité réglementaire
Quand une pathologie est trop lourde pour les grilles standard, la convention AERAS prend le relais. Elle s'applique automatiquement à toute demande d'assurance emprunteur, sans démarche de votre part.
Le mécanisme se déroule en trois niveaux :
Niveau 1 : l'assureur examine votre dossier avec ses grilles standard. Si refus ou surprime excessive, passage automatique au niveau 2.
Niveau 2 : le réassureur examine le dossier avec des grilles spécifiques "risques aggravés".
Niveau 3 : un pool de réassureurs examine les dossiers les plus complexes. Ce niveau est conditionné à deux critères : montant assuré inférieur ou égal à 420 000 €, et fin de remboursement avant 71 ans.
Autre mécanisme AERAS : l'écrêtement de surprime. Si vous remplissez les conditions de revenus (inférieur à 47 100 € par an en 2025 pour une personne seule), la surprime ne peut dépasser 1,4 point dans le taux effectif global.
Le site officiel aeras-infos.fr présente l'intégralité du dispositif, les formulaires et les recours disponibles.
En cas de refus malgré les trois niveaux, des recours légaux existent. Ils sont détaillés dans l'article refus d'assurance emprunteur : 4 solutions concrètes et recours légaux.
Groupe bancaire ou délégation : même maladie, tarif très différent
Le contrat groupe de votre banque utilise un questionnaire simplifié. Il capture les grandes masses (taille, poids, maladies graves) mais sans la finesse des grilles individuelles. Résultat : les profils avec conditions modérées bien contrôlées sont souvent pénalisés.
Un assureur en délégation peut analyser votre HbA1c, votre tension mesurée ce mois-ci, les résultats de votre dernier bilan lipidique. Il peut distinguer un diabète "parfaitement géré" d'un diabète "à la limite". Le groupe bancaire, lui, applique une grille binaire : présence ou absence de pathologie.
Cette différence de granularité produit des écarts tarifaires significatifs pour les conditions courantes contrôlées. Un diabétique de type 2 avec HbA1c à 6,5 % peut obtenir un taux identique au tarif standard chez un assureur alternatif, alors que le groupe bancaire appliquera automatiquement une surprime.
Les 7 facteurs de la tarification individuelle expliquent pourquoi l'individualisation de la prime profite avant tout aux profils à risque modéré.
Ce que vous pouvez faire concrètement
Trois actions ont un impact direct sur la prime santé :
1. Optimiser votre dossier médical avant de soumettre
Présentez des bilans récents prouvant l'équilibre de votre condition. Un résultat HbA1c obtenu il y a 3 semaines pèse plus qu'un résultat d'il y a 18 mois. L'assureur évalue le risque actuel, pas le risque historique. Si vous avez une consultation de suivi prévue dans 6 semaines, attendez les résultats.
2. Comparer plusieurs assureurs en délégation
Les grilles varient fortement. Un assureur peut classer votre HTA comme "risque modéré, acceptation standard". Un autre appliquera 25 % de surprime. Seule la comparaison révèle la différence. Un courtier spécialisé accède à des grilles que les emprunteurs ne peuvent pas atteindre en direct.
3. Utiliser la loi Lemoine si vous êtes éligible
Si votre prêt représente moins de 200 000 € par personne et se termine avant vos 60 ans, vous n'avez rien à déclarer. La surprime santé est structurellement impossible dans ce cas.
Vérifiez votre éligibilité à la loi Lemoine et estimez votre prime sur le simulateur Kidonk.
Pour aller plus loin
Questionnaire de santé : ce que chaque réponse déclenche vraiment
Hypertension et assurance emprunteur : entre zéro surprime et +50 %
IMC, surpoids et obésité : quel impact réel sur votre prime ?
Diabète type 2 : la tarification selon l'équilibre glycémique
5 stratégies pour réduire l'impact de votre état de santé sur votre prime
FAQ
Une maladie chronique entraîne-t-elle forcément une surprime en assurance emprunteur ?
Non. L'état de la maladie compte autant que son existence. Une hypertension traitée et bien contrôlée peut être acceptée au tarif standard par un assureur en délégation. Un diabète type 2 avec HbA1c sous 7 % et sans complications peut ne déclencher aucune surprime. Ce qui détermine le tarif, c'est le niveau de risque actuel estimé par le médecin-conseil.
Quelle différence entre une surprime et une exclusion de garantie ?
Une surprime augmente le montant de votre prime sans changer la couverture : vous payez plus, mais vous êtes couvert pour toutes les garanties souscrites. Une exclusion de garantie supprime la couverture pour un risque précis : par exemple, l'ITT n'est pas couverte si l'arrêt de travail est lié à votre pathologie déclarée. Les deux peuvent être combinés sur le même contrat.
La loi Lemoine supprime-t-elle le questionnaire pour tous les prêts ?
Non. L'exemption s'applique uniquement si deux conditions sont réunies en même temps : la part du prêt assurée par personne ne dépasse pas 200 000 €, et le remboursement se termine avant vos 60 ans. Si l'une des deux conditions n'est pas remplie, le questionnaire de santé s'applique normalement.
Comment prouver que ma pathologie est "contrôlée" à l'assureur ?
Vous pouvez joindre à votre dossier des bilans médicaux récents : résultats HbA1c pour le diabète, relevé de tension pour l'HTA, compte-rendu d'une consultation de suivi datant de moins de 3 mois. Ces documents ne sont pas obligatoires mais ils permettent au médecin-conseil de classer votre risque dans la fourchette basse. Un bilan récent et favorable peut faire basculer la décision d'une surprime vers une acceptation standard.
Mon assureur groupe peut-il me refuser pour raisons médicales ?
Le contrat groupe bancaire ne peut pas vous refuser individuellement sur la base du questionnaire. En revanche, il peut appliquer une surprime ou exclure une garantie. Si la tarification groupe vous paraît injuste, vous avez le droit de chercher une délégation d'assurance auprès d'un assureur concurrent. La banque ne peut pas s'y opposer dès lors que les garanties sont équivalentes (art. L.313-30 du Code de la consommation).

